A l’Opéra de Nice
Nice : “Fidelio“ & “La Cenerentola“
Article mis en ligne le février 2011
dernière modification le 17 février 2011

par François JESTIN

Un remarquable Fidelio en version de concert, et une Cenerentola dans une production vraiment peu exaltante !

Fidelio
Fidelio en concert pour une soirée unique à Nice, avec une distribution vocale de gala. Philippe Auguin au pupitre, tout fraîchement nommé directeur musical de la maison dirige de manière très sûre et avec énergie, mais sans fantaisie particulière, ni fougue excessive. Le bonheur arrive toutefois très vite lorsque les solistes commencent à chanter, et en premier lieu la découverte de l’Allemande Christiane Libor dans le rôle-titre fait l’effet d’une révélation. Il est certain qu’un soprano dramatique d’une telle largeur sur toute la tessiture du rôle ne s’est pas produit depuis des années sur la scène niçoise… ni vraisemblablement sur de nombreuses autres scènes !

« Fidelio » en version de concert
© D. Jaussein

Robert Dean Smith (Florestan) lui donne vaillamment la réplique avec des aigus victorieux de Heldentenor, et on admire une fois de plus le timbre impérial de basse profonde de Franz-Joseph Selig (Rocco). Si le baryton Thomas Johannes Mayer (Don Pizzaro) projette ses aigus de manière arrogante, le medium n’est pas aussi sonore, tandis que l’autre couple (plus précisément au final de la pièce) est luxueusement distribué : Mojca Erdmann (Marzelline) et Edgaras Montvidas (Jaquino) conduisent élégamment leur ligne de chant fruitée. Enfin, Yves Coudray règle une certaine "harmonisation scénique" du concert, en s’occupant principalement des entrées et sorties des protagonistes.

La Cenerentola
La Cenerentola donnée juste avant la trêve des confiseurs n’est pas particulièrement festive. La production de Daniele Abbado, déjà passée par Bari et Reggio Emilia produit en effet plus de tristesse que de sourires sur les visages des amoureux de Rossini. Les maigres décors de Gianni Carluccio peuvent se résumer à une cuisine années 1960 sur un plateau nu entouré de parois grises. Celles-ci sont percées de multiples ouvertures qui permettent les entrées et sorties – de manière systématiquement empruntée – des artistes ; des volées d’escalier descendent et montent également des cintres (procédé rapidement très répétitif).

John Osborn prête sa voix à Don Ramiro

Deux exemples de passages particulièrement ratés : Don Ramiro mange – réellement ! – une pomme à son entrée en scène (dommage pour le chant et l’élocution !), et il ne se passe strictement rien pendant le grand air d’Alidoro, aucune lumière, aucun effet spécial, sans parler de carrosse, de bijoux ou d’éventuelle robe de soirée. Une énorme déception donc de la part de Daniele Abbado, assez étonnante en se souvenant de son intéressante mise en scène d’Ermione il y a quelques années à Pesaro.
La distribution vocale vaut tout de même le déplacement, surtout pour le ténor John Osborn (Don Ramiro), pas toujours très homogène en qualité de timbre, mais capable de cadences et de suraigus excitants. La Cenerentola de Ruxandra Donose fait preuve aussi d’une agréable vélocité et d’une jolie couleur. Du côté des voix graves, Pietro Spagnoli (Don Magnifico) démarre avec de petits graillons dans la gorge mais tient ensuite correctement sa partition, sans être spécialement drôle et il a l’air lui-même de s’ennuyer ferme. Giorgio Caoduro (Dandini) est d’une remarquable souplesse en détachant ses notes dans les vocalises, tandis que Vito Priante (Alidoro) possède volume et joliesse du timbre. On cherche en vain un brin d’espièglerie dans la direction musicale d’Evelino Pido, mais celui-ci maintient tout de même l’ensemble de façon très professionnelle ; il a fort à faire, en particulier avec les choristes ténors, très désordonnés et en panne d’italianità ce soir... même si l’Italie n’est pas loin !

François Jestin

Beethoven : FIDELIO - le 6 novembre 2010 à l’Opéra de Nice
Rossini : LA CENERENTOLA - le 10 décembre 2010 à l’Opéra de Nice