Film de février 2011 : “La yuma“

Nombreuses récompenses pour ce film tourné au Nicaragua.

Article mis en ligne le février 2011
dernière modification le 27 août 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

La yuma


de Florence Jaugey, avec Alma Blanco, Gabriel Benavides. Nicaragua, 2009.

A Managua, de nos jours, Yuma rêve de devenir boxeuse. Dans le quartier pauvre où elle vit avec son petit frère, sa petite sœur, leur mère et son compagnon macho et fainéant, les gangs luttent pour le contrôle de la rue, dominant divers trafics. Pour échapper à cette réalité, Yuma se noie dans sa passion : Le ring où elle puise son l’énergie ; l’agilité de ses pieds et mains sont ses seuls outils pour un avenir meilleur.

« La Yuma » de Florence Jaugey

A l’arrêt du bus, face au magasin où travaille Yuma, un jeune vole le sac d’un étudiant issu des quartiers huppés. Yuma découvre que c’est son frère qui a volé le sac et le restitue à son propriétaire, Ernesto, étudiant en journalisme. Un garçon qui vient de l’autre côté de la ville. Ils sont différents mais tombent amoureux, attirés l’un par l’autre comme deux pôles opposés. Cependant, les inégalités socio-économiques qui les séparent les transforment rapidement en adversaires conditionnés par un pays aux classes sociales violemment contrastées.
Pour la première fois depuis vingt ans, un film est réalisé au Nicaragua, plus précisément à Managua, sa capitale située sur les bords d’un lac du même nom proche de l’Océan Pacifique. Mais c’est une Française, installé au Nicaragua depuis plus de vingt ans, qui est l’instigatrice de ce film, présenté récemment au dernier Festival Filmar en América latina en octobre dernier. Guerres, catastrophes naturelles ou révolutions fontt disparaître la production du pays.

Devenue Nicaraguayenne d’adoption au fil des ans, c’est en tant que citoyenne à part entière que Florence Jaugey a choisi de faire ce film. Après plus de dix ans d’âpres négociations dans l’élaboration du budget, la cinéaste a enfin pu commencé ce projet, désireuse d’apporter un message d’optimisme à la jeunesse désabusée de ce pays. Élaborer un casting complet dans un pays où la production audiovisuelle est quasi nulle peut sembler utopique mais la documentariste a su procédé à un judicieux mélange de professionnels et d’amateurs. « Il y a beaucoup de personnes qui jouent leur propre rôle : les entraîneurs et les boxeuses, les gens du cirque, les policiers. (...) Ce mélange d’expériences vécues et professionnelles a été bénéfique. Tous apprenaient les uns des autres avec un grand respect et une vraie curiosité. » Elle a ensuite un mot plus long au sujet de l’actrice principale Alma Blanco, dont c’est le premier film : « Elle est danseuse professionnelle et bien sûr cela l’a aidée dans la préparation physique (...), mais elle a en plus un talent fabuleux. (...) Je l’avais repérée lors du film de Ken Loach, Carla’s song, dont j’avais fait le casting. (...) J’ai écrit le rôle en pensant à elle. J’espère qu’elle pourra continuer dans cette voie. » A fortiori, la prestation très convaincante de cette jeune actrice est à couper le souffle ; elle parvient rapidement à faire oublier qu’il s’agit de cinéma. Cette jeune que l’on suit au fil de ses mésaventures, la Yumita comme l’appelle ceux qui l’aiment, sait ce qu’elle veut, et aussi ce qu’elle ne veut pas…. Quand elle surprend son beau-père en train d’abuser de sa petite sœur, elle s’enfuit avec elle et son petit frère. Privée de culture et d’éducation, la Yuma n’est pas pour autant dépourvue de détermination, offrant un message d’espoir pour cette jeunesse nicaraguayenne laissée pour compte.

« La Yuma » de Florence Jaugey

Ayant commencé dans le métier en tant que danseuse puis comédienne, devenue documentariste, Florence Jaugey a eu envie de s’essayer à la réalisation de fiction. « J’ai toujours été attirée par le fait d’interpréter ou de raconter des histoires. Tout ce qui se passe dans le film est vrai. Je l’ai vu, entendu, partagé, ou vécu lors des tournages (...) qui m’ont permis de connaître la réalité des gens ordinaires. » Forte de son observation participante à la Bourdieu, Florence Jaugey tisse une histoire alimentée par diverses anecdotes que les gens lui ont relatées. Son premier métier – la danse – se ressent à travers une mise en scène très esthétique, surtout lors des entraînements de Yuma. Si le scénario peut paraître convenu, il auréole brillamment le retour du Nicaragua dans le monde du septième art.
La Yuma a obtenu de nombreuses récompenses, comme celle de la Meilleure actrice au Festival de Guadalajara (Mexique), au Festival de Malagua (Espagne) et au festival des Rencontres du Cinéma du Sud Américain (Marseille) pour Alma Blanco. Le film a également reçu la Mention Spéciale du Jury au Festival International du Nouveau Cinéma Latino américain, le Prix Spécial du Jury au Festival de Malaga en Espagne et le Prix du meilleur Premier Film au festival de Guadalajara (Mexique).

Firouz-Elisabeth Pillet