Théâtre de Vidy-Lausanne
Vidy-Lausanne : Hommage à De Funès

Le spectacle de la compagnie Un Air de Rien, consacré à Louis de Funès, part en tournée. Voir les détails...

Article mis en ligne le février 2011
dernière modification le 1er mars 2011

par Nancy BRUCHEZ

La compagnie Un air de rien s’attaque à une figure emblématique du rire : Louis de Funès. Le spectacle se veut un hommage au comique rassembleur et universel, à celui qui s’agite, se dépense, qui vient naître et mourir chaque soir sur scène.

Longtemps considéré comme un cinéma facile, il n’était pas de bon ton d’apprécier le travail de de Funès. C’était oublier trop vite le travail passionnel du comédien, son perfectionnisme acharné et son besoin excessif d’amour. La vie de Louis Germain David de Funès de Galarza et la démesure de son jeu n’étaient qu’une course effrénée contre la mort qui finira malgré tout par le rattraper.

Comment vous est venue l’idée de ce spectacle ?
Dans le spectacle précédent, J’ai l’impression qu’André est mort dans les toilettes, que l’on avait monté, on s’était beaucoup intéressés à la mort. On avait fait le tour de la question et on souhaitait revenir à quelque chose de plus joyeux en choisissant une figure de l’humour d’aujourd’hui. En regardant des films avec des enfants au sein de nos familles, on s’est rendu compte qu’ils réagissaient encore aux mécanismes du rire que Louis de Funès imposait. Je me suis dit : « Voilà quelqu’un qui rassemble tout le monde ! ». Il a été pourtant très mal vu, pendant des années, d’apprécier ce comédien. Son cinéma a été décrié avant que Novarina écrive ce magnifique texte : Pour Louis de Funès. Pour beaucoup de spectateurs, il y avait d’un côté, la nouvelle vague où on détournait les conventions, où on réinventait un cinéma, et de l’autre le cinéma populaire tel que celui de de Funès. J’ai trouvé intéressant de s’atteler à cette vision du théâtre de boulevard et à la vie de cette personne qui a tout donné pour faire rire. Il a mis sa vie au service du rire et il en est mort. Il a ironisé sur les bassesses de l’instinct humain : l’avidité, les prétentions, les abus de pouvoir qui sont des thèmes qu’il abordait avec humour et qui ne vieillissent pas. Sarkozy avait d’ailleurs déclaré en 2007 :« Je serai un président comme Louis de Funès dans le Grand restaurant  : servile avec les puissants, ignoble avec les faibles. J’adore. »
Le sujet nous a intéressés pour toutes ces raisons-là. Et ce petit monsieur, qui n’a l’air de rien, est capable de faire tellement de choses. Il a énormément travaillé et il ne riait pas en travaillant !

« Louis Germain David de Funes »
© Mario Del Curto / Strates

Comment votre choix a-t-il été perçu ?
Les réactions ont été radicales, ce qui a était assez formidable ! Certains théâtres ont dit non d’emblée. D’autres, au contraire, ont trouvé intéressant qu’on s’essaie, non pas à quelque chose d’hermétique, mais qu’on s’attaque à un personnage populaire pour lui amenez notre univers. Le sujet leur paraissait risqué, mais ils ont manifesté de l’intérêt pour quelque chose d’original, d’inédit. On nous a parfois parlé de ringardise, mais c’est cela même qui a été stimulant !…
Il y a des gens qui aiment de Funès, d’autres pas, mais le spectacle s’adresse à tous. On y a amené de la distance. Trois acteurs endossent le rôle d’un personnage, et ce, quel que soit leur âge ou leur sexe. L’interchangeabilité des rôles sert mieux notre propos. Il s’agit aussi d’un hommage à la personnalité de l’acteur puisque on y apprend plein de choses sur son enfance, sur ses affinités avec des personnes étonnantes. On a voulu faire quelque chose de complet.

Vous auriez pu choisir un autre comique…
Le côté ringard nous a plu ! Chaplin, par exemple, avait déjà ses lettres de noblesse. L’ambiguïté de la vision des choses chez de Funès m’intéressait d’avantage. Également le fait qu’il ait été décrié et qu’il ait souffert. Il y a deux ans, quand on a choisi le sujet, on parlait peu de de Funès. Maintenant, il repasse sur toutes les télévisions, il y a des documentaires qui sont sortis, des coffrets de Noël. C’est peut-être le bon moment d’en reparler.

Est-ce subversif de choisir de Funès comme sujet d’un spectacle de théâtre contemporain ?
Ou, c’est subversif de prendre un personnage de boulevard et de tourner autour ! Mon envie était d’ailleurs de le présenter dans un lieu contemporain. Mais le plus important c’est le rire. Il est rassembleur au théâtre. Cela fait du bien. Lorsque, même avec des textes moyennement drôles, à la moindre occasion de rire, les gens s’ y engouffrent avec bonheur, c’est qu’il existe une réelle envie de rire au théâtre. Les comédiens adorent faire rire aussi. L’un des rares bruits qu’on autorise au théâtre, c’est le rire. De voir des gens qui rient de la même chose que vous ou qui sont touchés au même moment, il n’y a rien de plus beau.

A travers ce spectacle, vous soulevez des sujets psychologiques, voire philosophiques.
On a raconté cette course de Louis de Funès après la mort. Nous rions de le voir se débattre face au vide, pour finir par se demander à quoi cela sert de s’agiter comme cela… Cette course, nous la connaissons, elle nous concerne tous. Et puis, il y a l’histoire familiale complètement folle du comédien. Son père a fait croire qu’il s’était suicidé. Pendant six ans, ils ont porté le deuil et le père était en réalité vivant au Vénézuela. C’est donc sa mère qui l’a élevé, soutenu, et ils riaient beaucoup ensemble. Il a entretenu ainsi la confusion entre amour et rire : pour lui, faire rire signifiait être aimé.

Comment s’est fait votre travail de mise en scène dans cet univers cinématographique ?
Autour d’un escalier en colimaçon, on joue Louis de Funès. Les scènes de ses films virevoltent jusqu’à l’épuisement. On a essayé de recréer un intérieur post-moderne des années 60-70. L’écriture a été travaillée avec Christian Scheidt à partir de trois films : Oscar, Jo et Pouic pouic dont les trames constituent un fil rouge. Ensuite, il s’agissait avec les comédiens de ne pas tomber dans l’imitation, pas directement en tout cas, même si parfois c’est troublant parce qu’ils s’y approchent. Il fallait faire un travail sur l’acteur et sa part comique à lui. Sitôt qu’on pense Louis de Funès, on s’emballe, on prend une petite voix, alors il faut essayer de s’en détacher. On a travaillé en improvisant au début, pour lâcher les rigidités des comédiens. Il fallait être détendus et ouverts, mais à la fois très précis. Comme de Funès, qui travaillait comme un forcené pour parvenir à montrer des choses qui avaient l’air simples pour qu’on ne sente pas du tout la fabrication…

Propos recueillis par Nancy Bruchez

Jusqu’au 13 février, au Théâtre de Vidy-Lausanne.

Tournée

- A Nuithonie-Fribourg, les 8, 9 et 10 avril 2011/
vendredi, samedi à 20h00 - dimanche à 17h00

- Au Théâtre du Loup Genève, du 14 au 21 avril 2011 /
mardi, mercredi, vendredi à 20h00 / jeudi et samedi à 19h00 - dimanche à 17h00