Théâtre de Carouge
Carouge : “Harold et Maude“

Harold et Maude : quelques mots sur la pièce, puis entretien avec Gaël Kamilindi qui joue Harold.

Article mis en ligne le mars 2011
dernière modification le 31 mars 2011

par Rosine SCHAUTZ

Jean Liermier met en scène Harold et Maude de Colin Higgins. Pour interpréter les personnages principaux, il a choisi les comédiens Catherine Salviat, une comédienne au parcours impressionnant, et Gaël Kamilindi, un jeune homme au début de sa carrière. A savourer à Carouge, puis en tournée.

La jeunesse c’est le temps qu’on a devant soi
François Mitterrand

L’histoire
Nous sommes chez Harold. Les Chasen appartiennent à la haute bourgeoisie américaine. Le salon bien meublé, dénote une aisance certaine. Un jeune homme de dix-huit ans, Harold Chasen, très correctement habillé, est pendu au lustre. Il ne bouge pas. On le dirait mort. La musique continue…. Acte 1, sc. 1

Catherine Salviat
© Marc Vanappelghem

Harold est ce jeune homme de bonne famille, neurasthénique, qui tue le temps en mettant en scène de faux suicides et qui nourrit une fascination sans bornes pour les enterrements. Maude fréquente elle aussi les cimetières mais, à 79 ans, elle croque la vie avec malice : elle pose nue pour un sculpteur sur glace, conduit sans permis, vole des voitures, bref c’est une anticonformiste patentée. La joie de vivre de la vieille dame prend peu à peu le dessus sur les pulsions morbides d’Harold. Ainsi, ensemble, ils visitent des décharges de voitures, font des virées, sèment des policiers tandis qu’ils se dirigent vers la forêt pour replanter un arbre. Maude emmène également Harold dans l’ancienne locomotive qui lui sert de toit et lui fait découvrir son monde empli de saveurs, de mélodies nouvelles, de couleurs. Elle lui montre la vie telle qu’il ne l’avait jamais vue et lui apprend ce que peut être le bonheur au quotidien. C’est ainsi qu’Harold tombera amoureux de la vieille dame. Fatal.

Cette courte pièce en deux actes, imaginée en pleine contestation hippie, qui met en scène une histoire d’amour inattendue, transgénérationnelle, donnera sans nul doute du grain à moudre à tous ceux qui pensent, parfois même à leur insu, qu’il n’y a qu’une et une seule manière de vivre et d’aimer. Révisions déchirantes en perspective…

L’auteur
Colin Higgins est surtout connu comme réalisateur et producteur américain. Né le 28 juillet 1941 à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, il meurt en 1988 à Beverly Hills. Du scénario du film Harold and Maude, sorti en 1971, il tirera un roman, puis une pièce, adaptée en français par Jean-Claude Carrière et créée en 1973 au Théâtre Récamier par l’extraordinaire Madeleine Renaud, irrésistible dans ce rôle de vieille dame excentrique.

Les comédiens
Catherine Salviat (Maude) est entrée à la Comédie-Française en 1969. Elle en est sociétaire depuis 1977 et sociétaire honoraire depuis 2006. Elle a joué un très grand nombre d’œuvres issues du répertoire classique, mais a également beaucoup joué pour la télévision et le cinéma.
Gaël Kamilindi (Harold) a été formé au Conservatoire à Genève, puis en 2008, il a été admis au CNSAD à Paris où il travaille notamment sous la direction de Yann-Joël Collin, Dominique Valadié, Alain Françon et Olivier Py.

« Harold et Maude »
© Marc Vanappelghem

Entretien avec Gaël Kamilindi

Comment Jean Liermier vous a-t-il recruté pour jouer Harold ?
Deux ans après notre rencontre au Conservatoire de Genève où il était mon professeur, il m’a contacté pour me parler de « Harold et Maude ». Son projet m’a évidemment tout de suite plu. L’envie de travailler à nouveau avec Jean Liermier était quelque chose qui me tenait à cœur et là, pour la première fois, c’est lui qui s’était projeté dans le travail en pensant à moi pour Harold. Quand quelqu’un pense à vous parce qu’il vous connaît en jeu, sur le plateau, l’expérience promet d’être intéressante et très enrichissante.

Connaissiez-vous cette pièce ?
Oui, j’avais étudié le roman en classe d’anglais, au Collège. Je connaissais donc le propos, et à l’époque, nous avions vu le film. Je me souvenais de certaines images, de quelques scènes, mais je n’avais pas lu l’adaptation théâtrale de Jean-Claude Carrière.

Comment vous êtes-vous préparé pour entrer dans le personnage ?
Je me suis documenté, j’ai relu la pièce et les critiques autour de cette œuvre. Ensuite, c’est dès l’apprentissage du texte que je me suis projeté dans le rôle. Cependant, j’essaie de mémoriser le texte de façon neutre pour ne pas m’enfermer dans une « idée », une musique. J’aime bien chercher, travailler les personnages et tâtonner sur le plateau, afin de rester ouvert, disponible et perméable aux différentes tentatives. Il me semble plus judicieux de ne pas trop s’auto-influencer en amont de la première séance avec le metteur en scène. Lors de notre rencontre à Paris, Jean Liermier, pour nous faire entrer dans l’univers qu’il souhaitait développer, m’avait aussi parlé de peinture, de James Ensor notamment, de manière à ce que nous arrivions aux répétitions déjà empreints de couleurs, d’ambiances, de paysages, de territoires possibles.

Gaël Kamilindi
© Marc Vanappelghem

Comment s’est passée la rencontre avec Catherine Salviat ?
De manière simple et belle. Tout d’abord la rencontre humaine, au hasard de la sortie d’une pièce de théâtre, puis la rencontre théâtrale sur le plateau. Catherine Salviat est une très grande actrice, c’est un fait. Je suis un jeune comédien, encore insoucieux de ce qui l’attend, c’est un autre fait. Qu’y a-t-il au-delà ? La réelle nature de cette rencontre réside dans le fait que tout cela se passe « ici et maintenant », dans le travail, peu importe d’où l’on vienne et ce que l’on a déjà fait ou pas encore. C’est cela qui est beau. Je sais que je suis au début de ma carrière professionnelle, mais si j’ai été mis à l’aise de manière simple et naturelle, c’est aussi grâce elle.

Comment travaille Jean Liermier ?
On commence tout d’abord par un travail de lecture à la table où il nous fait part de sa vision des personnages, des situations, des rapports, puis on attaque le plateau. Il attend de voir ce que l’on propose, et n’impose rien tout de suite. On cherche ensemble, on chemine ensemble, il nous accompagne, même s’il reste le guide. Petit à petit, on entre dans le décor, dans l’espace, on joue avec les accessoires, et on essaie de s’approprier les indications, de les faire siennes tout en restant disponible au changement. Puis viennent les répétitions dans la vraie salle, sur la vraie scène, et là, les déplacements, les intentions sont revus, et nous fixons les choses plus formellement.

Est-ce que ce rôle d’Harold vous ‘parle’ ? Etes-vous proche de lui ?
Il y a quelques similitudes entre le personnage et moi, des histoires de filiation par exemple, ou d’éducation plus ou moins stricte, réglée. Les mots prononcés par la mère, dans la pièce, me rappellent parfois quelques remarques entendues enfant.
De manière plus générale, au niveau du propos tenu dans cette pièce, j’aime l’idée que les rencontres n’ont pas lieu par hasard. Ici, on comprend que la rencontre entre Harold et Maude devait avoir lieu, qu’elle n’est pas uniquement fortuite. Elle se fait car elle doit se faire. Même si cette relation vient tout chambouler, conceptions, convictions, idées fondamentales, elle est juste et belle. Je pense qu’il en est ainsi dans la vie.
Par ailleurs, Maude est une femme pleine d’énergie, de fantaisie, c’est une femme qui a vécu. Elle a du caractère, mais pas seulement. Elle est constituée d’innombrables couches, d’une grande profondeur et d’une philosophie à elle, celle qui par exemple la rendra libre de choisir de mourir au moment où elle le décidera.

« Harold et Maude »
© Marc Vanappelghem

A vos yeux, Harold est suicidaire parce qu’il s’ennuie dans sa vie ?
Non, je ne crois pas. Je pense qu’il veut surtout retrouver le regard de sa mère, celui qu’il a aperçu, intense et neuf, quand on a annoncé à sa mère qu’il était ‘mort’ en salle de chimie. Harold ne se tue pas uniquement parce qu’il est malheureux, ni même pour attirer l’attention sur lui. Il est en quête d’amour certes, mais il a me semble-t-il un immense besoin d’être regardé, d’être considéré. D’être vu pour ce qu’il est.

Vous finissez le Conservatoire cette année à Paris : le cinéma ou la télévision vous tentent ?
Oui, j’ai envie de faire du cinéma. Comme beaucoup de gens j’imagine, mais pour moi, il s’agit aussi d’apprendre à jouer autrement, face à une caméra, et non plus face à une salle. Les techniques sont très différentes.

Allez-vous beaucoup au théâtre à Paris ?
J’essaie. Mais ayant beaucoup de cours, de textes à trouver et à apprendre en vue des différents cours et ateliers donnés par le Conservatoire, cela me laisse en fin de compte peu de temps pour aller au théâtre. Cela dit, maintenant que je suis à Genève et que je peux me concentrer sur une seule chose, j’ai plus de temps pour aller voir des pièces ou des films et rattraper le temps perdu.

Faisons le portrait chinois d’Harold ! Si c’était… un objet ?
Un rubik’s cube.
Un animal ?
Une mouette.
Une couleur ?
Bleu.
Un endroit ? 
Un cimetière.
Un bruit ?
Une explosion.
Un climat ?
Brouillardeux.
Un loisir ?
Aller dans les décharges.
Un vêtement ?
Un costard.
Un véhicule ?
Une Jaguar.
Un adverbe de temps ?
Bientôt.

Propos recueillis par Rosine Schautz

Du 1er au 19 mars, « Harold et Maude » de Colin Higgins, m.e.s. Jean Liermier. Salle François-Simon, mar-jeu-sam à 19h, mer-ven à 20h, dim à 17h, relâche lun
(billetterie 022/343.43.43 ou Rue Ancienne 39, lun-ven 10h-17h, san 10h-14h)

Du 22 au 27 mars -Vidy Lausanne (loc. 021/619.45.45)