Film de mars 2011 : “127 hours“

Annoncé en grandes pompes depuis des mois, le film ne convainc pas !

Article mis en ligne le 1er mars 2011
dernière modification le 29 novembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

127 hours


de Danny Boyle, avec James Franco, Amber Tamblyn. Etats-Unis, 2010.

Le 26 avril 2003, Aron Ralston, jeune homme de vingt-sept ans, se met en route pour une randonnée dans les gorges de l’Utah. Il a pour habitude de partir seul, sans en informer ses proches, afin de vivre pleinement l’aventure. Ce jour-là, il part donc seul, et n’a prévenu personne de son excursion. Alpiniste expérimenté, il collectionne les plus beaux sommets de la région. Il connaît si bien les canyons qu’il s’y repère sans carte et peut servir de guides aux touristes égarés, comme ce tandem de jeunes filles qu’il croise lors de cette excursion. Malgré sa préparation et son entraînement, il se retrouve pris au piège, la main droite écrasée par un rocher ; il avait tout prévu sauf ce qui vient de lui arriver, au fin fond d’un canyon reculé, l’impensable survient : pris au piège, menacé de déshydratation et d’hypothermie, en proie à des hallucinations, il va filmer jour après jour ce qu’il croit être sa condamnation à mort. Il parle à son ex-petite amie, à sa famille, et se demande si les deux filles qu’il a rencontrées dans le canyon juste avant son accident seront les dernières. Cinq jours plus tard, comprenant que les secours n’arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existence : dans un soubresaut de survie, il ampute sa main pour sauver sa vie.
Après l’heureuse surprise de Slumdog millionaire, qui a remporté un succès planétaire, 127 heures porte bien son nom. Le film est donc fondé sur l’accident d’Aron Ralston, un randonneur américain qui, malgré son expérience, s’est retrouvé coincé pendant 127 heures dans un canyon près de Moab dans l’Utah en 2003. En 2006, dès la publication du livre Plus fort qu’un roc retraçant son épreuve, Danny Boyle l’a approché pour adapter son histoire au cinéma.

« 127 Hours » de Danny Boyle

Frappé par ce livre, le cinéaste a rapidement eu une idée très précise du film qu’il voulait faire. Son but était de faire vivre l’intensité de l’expérience au spectateur, utilisant pour cela une caméra subjective, au plus près du personnage, tout en mettant l’accent sur les éléments qui ont poussé Ralston vers la vie, à savoir ses liens avec la famille, ses amis, sa tribu au sens large.
De façon à coller le plus possible à la réalité des faits, le réalisateur a mis à contribution chaque détail qu’Aron Ralston pouvait lui fournir. Il a ainsi eu le privilège de visionner les vidéos-testament faites par Ralston alors qu’il était pris au piège, grâce à une caméra qui a d’ailleurs été réutilisée pour reproduire ces mêmes vidéos dans le film. Prévu initialement comme un documentaire, le film a finalement été réalisé comme une fiction, malgré les réticences des producteurs. Le pari de Danny Boyle était de tenir en haleine, avec une intensité croissante, les spectateurs alors que le protagoniste passe 80 des 90 minutes du film bloqué dans une gorge.
Le cinéaste a recouru à un mélange visuellement hallucinogène de caméras traditionnels à pellicule, de caméras numériques et d’appareils photos, ainsi qu’à une bande-son outrageusement bruyante qui n’est guère justifiée, si ce n’est pour illustrer l’insouciance de ce post-adolescent – adulescent - fêtard qui passe en revue les moments les plus gais et les plus tristes de sa vie, son histoire d’amour avortée, regardant des vidéos, pensant à la soirée qu’il rate et à ceux qui lui manquent. Même si l’acteur James Franco - play-boy insipide depuis Milk (Gus Van Sant, 2008) – parvient à transmettre l’énergie vitale qui se dissipe sous nos yeux uniquement par les expressions de son visage, le film laisse un arrière-goût de déception. Peut-être est-ce dû au fait que le sujet semble trop américain pour des spectateurs européens ou peut-être la barre est-elle placée trop haut depuis Slumdog millionaire ?
Bref, annoncé en grandes pompes depuis des mois, le film ne convainc pas ! Dommage, vu tous les moyens mis en œuvre !

Firouz-Elisabeth Pillez