En marge du film « Rien à déclarer »
Entretien : Dany Boon & Cie

Dany Boon et ses comédiens étaient de passage à Genève. Entretien.

Article mis en ligne le mars 2011
dernière modification le 27 août 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Présenté en primeur au public du Nord et en Belgique, Rien à déclarer, la nouvelle comédie de Dany Boon est très attendue, tant par les spectateurs que par les critiques, après le succès incroyable et inattendu de Bienvenue chez les Ch’tis ; ainsi le “jeune“ réalisateur avait une sacrée pression sur les épaules en abordant sa troisième réalisation.

On le pressentait : Rien à déclarer est un film populaire très enjoué et essentiellement comique, même si son réalisateur souligne le message qu’il véhicule : la tolérance et l’acceptation d’autrui. Influencé par les maîtres de l’humour français, Dany Boon rempile donc avec une comédie, trois ans après le succès de Bienvenue chez les Ch’tis. Recourant à une palette d’acteurs éclectiques (François Damiens, Bruno Lochet, Karine Viard, Zinedine Soualem, Olivier Gourmet, Bouli Lanners, Guy Lecluyse, Laurent Gamelon, Jérôme Commandeur, Bruno Moynot et Philippe Magnan), Rien à déclarer présente un tandem franco-belge Boon/ Poelvoorde à l’unisson malgré ses différences. Les producteurs attendent du comique français que son dernier film fasse autant d’entrée que le précédent, voire mieux !

Dany Boon

De passage à Genève, Dany Boon et son équipe ont rencontré la presse suisse et frontalière dans un grand hôtel de la rive droite. Arrivée en retard, l’équipe a été pleine de surprises pour les journalistes et a donné quelques sueurs froides à l’attaché de presse qui a vu son planning du jour chamboulé. Entouré de ses comédiens, Dany Boon se confie au sujet de ce film : « J’ai voulu rester sincère », ajoutant aussitôt « Ce film reflète ma simplicité, mon humour, ma région, ma famille. Pour les Ch’tis, il s’agissait d’a priori. Dans Rien à déclarer, c’est de rejet dont on parle, et donc de racisme, un sujet brûlant d’actualité, mais on y perçoit aussi la tolérance, l’ouverture aux autres et à leurs différences. »

Avez-vous écrit ce scénario sous pression, vu le succès des Ch’tis  ?
Je dois reconnaître que je suis toujours un peu anxieux mais je pense que je le serai jusqu’à la fin de ma vie. Le succès ne rassure pas, bien au contraire. Les résultats de Bienvenue chez les Ch’tis ont été tellement disproportionnées : vingt millions d’entrées réalisées en France... C’est du délire pour un seul film. J’ai préféré éviter la comparaison. Quand je me suis mis à écrire cette histoire, mon seul objectif était d’être heureux du résultat, d’avoir le sentiment de plaire à différents publics, qu’ils puissent adhérer à ces nouveaux personnages et rire aux gags. C’est la même situation à chaque film : au début on se sent seul, on s’inquiète de connaître la réaction des gens, surtout après trois ans de boulot, et on essaie de faire retomber la pression lors des nombreuses avant-premières.

« Rien à Déclarer »
Crédit photo David Koskas

Et cette promotion en Suisse, qu’en attendez-vous ?
J’adore la Suisse depuis que j’ai rencontré Yaël (ndlr. 2003). Je l’ai emmenée avec moi… C’est plutôt rare qu’une Suissesse quitte la Suisse pour aller vivre en France (rires). Depuis que Yaël partage ma vie, elle me soutient dans tout ce que je fais et croît en moi, je suis donc reconnaissant à la Suisse de m’avoir permis de rencontrer une compagne qui me comble. Je dois d’ailleurs manger avec mon beau-père après les interviews. Je pense que mon film plaira au public suisse qui souffre aussi de préjugés vivaces de la part des Français. Dans ce film, je renoue avec cette idée de disparition de frontières, de douanes... Une belle image cinématographique, selon moi. En plus, j’ai grandi avec ces fameux polars qui présentaient, de manière assez manichéenne, des relations Est/Ouest dans lesquels les Soviétiques étaient toujours les méchants. Donc cette thématique de démarcations entre deux « camps » me plaisait vraiment beaucoup. Le sujet doit parler aux spectateurs suisses, eux qui vivent encore en dehors de l’Europe ! (rires intenses).

Vous jouez un duo au diapason dans ce film, avec, pour vous donner la réplique, Benoît Poelvoorde ; pourquoi lui ?
C’était évident pour moi qu’il devait jouer Ruben, ce douanier francophobe ; d’ailleurs, c’est la première fois que j’écris un rôle en pensant à quelqu’un de façon aussi précise. Pour moi, il n’y avait que Benoit pour faire ça. Il est doté d’une telle humanité... En conséquence, et malgré toute la bêtise de son personnage, Benoît réussit à nous faire éprouver de l’empathie pour ce personnage. On se met à l’aimer parce qu’il est tellement con, tellement victime de sa folie.

Quand on demande à Benoît Poelvoorde ce qui l’a séduit dans ce projet, l’acteur belge, cabotin, s’exclame : « Le cachet, bien évidemment. Tu te doutes bien qu’avec Dany Boon, on n’est pas payé des cacahuètes... Allez, là, plus sérieusement, c’est avant tout le scénario et ses personnages, notamment celui que j’interprète. Lorsque je l’ai découvert, j’ai tout de suite eu envie de le faire. Dany me l’a vraiment écrit sur mesure. C’est un putain de méchant, une grosse tête de con... Et j’aime bien ça. »
 

« Rien à Déclarer »
© Pathé Distribution

Dany Boon, l’atout majeur de votre film est l’importance que vous accordez aux rôles secondaires. Pour Rien à déclarer, vous avez regroupez une magnifique palette de comédiens …
En effet, cette façon d’envisager un film, faisant la part belle aux rôles secondaires, replonge mon film dans la plus pure tradition du cinéma français populaire, notamment des années 70/80. C’est quelque chose qui n’existe plus aujourd’hui. A l’époque, on voyait beaucoup d’acteurs issus du théâtre parmi les plus grands venir jouer les seconds rôles dans un film. On ne sous-estimait vraiment aucun personnage. Je n’en dirai pas autant maintenant... Hélas. Pour Rien à déclarer, je me suis entouré d’une magnifique équipe de comédiens qui a contribué à la bonne ambiance sur le tournage, avec Benoît en tête de file. Je regrette que certains n’aient eu qu’un petit rôle mais c’était un rôle fondamental pour mon film.

Benoît Poelvoorde, généralement, vous refusez d’assister aux avant-premières car vous ne supportez absolument pas de vous voir à l’écran ; pour Dany, vous avez accepté, pourquoi ?
C’est vrai, je ne supporte pas de me voir dans les films où j’ai joué… Mais cela n’a rien d’extraordinaire, beaucoup de gens détestent entendre leur voix ou se regarder dans le miroir. Mais Dany a tellement insisté, et un soir qu’on avait pas mal bu, j’ai accepté sur un pari. Pris de boisson, Dany m’a fait promettre d’aller le voir. Je n’ai qu’une parole, je l’ai fait. Étonnement, cela a été moins difficile que d’habitude de me voir, peut-être le fait de porter ce petit bouc, je ne sais pas, je ne me reconnais pas forcément. Et puis, il y a plein d’autres comédiens, tous aussi excellents les uns que les autres. D’ailleurs, ce sont eux qui m’ont vraiment fait rire, donc j’en ai oublié le stress de me voir sur grand écran.

Et François Damiens, vous qui êtes connu comme humoriste, enclin à l’improvisation, avez-vous été brimé de ne pas pouvoir en faire ?
Pas du tout, il est bon que je me sépare un peu de mon personnage de François l’Embrouille – qui m’a rendu célèbre – et que j’endosse d’autres personnages, comme ici en tant que tenancier de bistrot situé juste sur la frontière franco-belge. De plus, je suis le mari de Karin Viard qui est une comédienne très agréable.

« Rien à Déclarer »
© Pathé Distribution

Et le travail avec Dany Boon ?
Dany sait ce qu’il veut. Il n’est pas du genre à faire vingt-cinq prises, à te demander si tu es content, si tu souhaites essayer autre chose. On est très bien aiguillé et après on n’a plus qu’à se laisser emporter. Ceci étant, bien qu’il soit extrêmement précis, il est aussi très doux. Ce n’était pas gagné d’avance car beaucoup de metteurs en scène allient précision et dureté. Mais avec Dany, ce n’était pas du tout le cas. Il est même plutôt rassurant dans sa démarche. En ce qui me concerne, le plus déstabilisant, ce n’était pas de savoir qu’il avait fait vingt millions d’entrées avec Bienvenue chez les Ch’tis, mais de jouer avec trois cents figurants dans la rue. Heureusement, Dany le gère parfaitement et a ce don pour vous rassurer.

Et vous, Benoît, comment avez-vous fonctionné avec Dany ?
Franchement, je vous invite à tourner un jour avec Dany. Il sait très bien ce qu’il fait. De plus, il est avant tout spectateur, donc on rigole beaucoup. Il est extrêmement client des autres, dans une ambiance de franche camaraderie et avec beaucoup de légèreté. C’est pourtant ce qui est le plus difficile à acquérir. Seulement lui, cette légèreté, il la communique sans cesse à son entourage. Du coup, il n’y avait jamais de stress. En tout cas, pour ma part, je n’ai jamais ressenti la moindre pression. Dany en avait sûrement mais on ne la voit pas. Résultat, on avait la sensation de faire un vrai film de potes. Alors qu’il s’agissait d’un très gros projet avec beaucoup de monde sur le plateau et des enjeux financiers particulièrement conséquents... L’ambiance de ce tournage a été un pur régal grâce à l’attitude de Dany avec ses comédiens. Pour Dany, ce film, ce n’était qu’une caméra avec deux comiques qui déconnent dans une voiture. Il le prend comme ça. Sans aucune prise de tête, ce qui permet une ambiance incroyable, un peu potache.

Propos recueillis par Firouz-Elisbeth Pillet