Opéra de Monte-Carlo
Monte-Carlo : “Un Ballo in Maschera“

Déception sur le Rocher !

Article mis en ligne le mars 2011
dernière modification le 28 août 2011

par François JESTIN

Une bien faible représentation lyrique à Monte-Carlo, c’est plutôt inhabituel !

Le Bal des Remplaçants
Une seule chanteuse vous manque, et tout le spectacle en est dépeuplé ? On peut en douter. Certes la présence de Violeta Urmana – souffrante et ayant dû renoncer pour la soirée soirée au rôle d’Amelia – aurait pu rehausser le niveau artistique de la pièce, mais sans supprimer les autres carences relevées. Sa remplaçante Iano Tamar réalise tout de même un tour de force : arrivée à l’Opéra deux heures avant le lever de rideau, elle se déplace avec un apparent naturel sur scène, et son jeu est convaincant. Vocalement, c’est surtout sa musicalité qu’on apprécie, tant le texte est peu compréhensible et la ligne de chant parfois aléatoire : après un début difficile, les aigus sortent sans problème, mais le medium reste souvent curieux, dans un style parfois parlando.

« Un Ballo in Maschera ».
Photo S. Flament © Opéra de Monte-Carlo

Le point faible de la distribution est à l’évidence le modeste ténor Massimiliano Pisapia (Gustavo, dans la version « suédoise » du Ballo, et qui remplace Fabio Armilliato annoncé initialement dans le programme). D’une justesse trop souvent approximative, le registre bas est un problème permanent pour lui, avec des notes graves très vilaines, et les efforts pour atteindre certains aigus sont par ailleurs palpables. Dommage, car certaines – rares – phrases dans le medium sont joliment conduites et ensoleillées. Du point de vue visuel on a aussi du mal à croire à son personnage de roi de Suède. Le jeu théâtral n’a jamais été non plus l’atout premier de Ludovic Tézier (Anckarström), qui compose un rôle de mari jaloux dont la fureur est plutôt intérieure. Tézier est l’un des plus beaux barytons de sa génération, mais le chant n’est pas souverain ce soir, avec des accrocs sur deux aigus en pleine voix qui nous inquiètent. Elisabetta Fiorillo est bien à sa place dans le rôle de la devineresse, (Arfvidsson), plus à l’aise dans le grave poitriné que dans quelques aigus un peu serrés, et satisfaisante également la soprano Alessandra Marianelli (Oscar).

A signaler la belle prestation du baryton André Heyboer, dans son très modeste emploi (Cristiano, 8ème rôle de la distribution). La direction du chef Daniele Callegari est certes efficace et bien dans la pulsation verdienne, mais peu raffinée (adjectif qui peut s’appliquer également aux chœurs masculins, bruts de décoffrage en deuxième partie d’acte 1). Certaines accélérations du rythme en fosse semblent artificielles et trop évidentes, tandis que la qualité de quelques soli à l’orchestre (les vents) est insuffisante. Enfin, pour avoir déjà vu plusieurs fois la production peu enthousiasmante de Jean-Claude Auvray (à Avignon, Nice, Marseille), nous n’attendions pas de miracle de la mise en scène réalisée par Louis Désiré, mais d’après le « concept original » de celui-là. Les miracles étant assez rares, ceci s’est vérifié malgré le débarrassage des éléments de décor superflus (il ne subsiste ainsi que deux bancs chez la devineresse, les guéridon, mappemonde et autres voiles ayant disparu au cours des années).

François Jestin

Verdi : UN BALLO IN MASCHERA - le 25 janvier 2011 au Palais Garnier