La Comédie de Genève
Genève : “Comme un vertige“

Yvette Théraulaz est à La comédie pour un spectacle de textes et de chansons.

Article mis en ligne le mars 2011
dernière modification le 24 septembre 2011

par Sophie EIGENMANN

Du 1 mars au 13 mars 2011, Yvette Théraulaz propose « Comme un vertige » à la Comédie de Genève. Pour ce spectacle de textes et de chansons autour du temps, elle est accompagnée par Lee Maddeford à la direction musicale et, pour la première fois, de François Gremaud à la mise en scène. Entre le temps qui passe, le temps passé et le temps à venir, Yvette Théraulaz a construit un spectacle très personnel, avec l’humour et la générosité qui la caractérise. Rencontre avec une grande dame de la scène.

Comment vous qualifier, êtes-vous chanteuse ou comédienne ?
Je suis une comédienne qui chante et ceci depuis 1977. J’ai commencé les spectacles musicaux à 30 ans. Ils me transportent finalement plus que le théâtre aussi car j’ai la chance d’y faire ce que je veux comme je veux. Pour « Comme un vertige », j’ai repris des chansons du répertoire français. J’interprète entre autres Ferré, Bashung, Barbara, Jonasz, Dominique A, Anne Sylvestre, Brel. Je signe par contre les textes qui accompagnent le spectacle tout comme la dernière chanson intitulée « Se faire horizon ».

D’où vient « Comme un vertige » ?
C’est un spectacle sur le temps, un voyage au fil d’une vie, une réflexion sur les moments qui me restent et sur ce que je vais en faire. Ce spectacle est fragile car, à l’approche d’une échéance, vient le temps des dernières fois. Je commence à prendre conscience qu’il y a des choses que je ne ferais plus jamais. Des états d’âme variés accompagnent ces pensées. Entre la passivité, la révolte, l’humour, se glisse aussi de la tendresse pour la jeune femme que j’étais. Je regrette quand même un peu d’avoir parfois perdu du temps. Tout cela donne le vertige.

Yvette Théraulaz
© Hélène Tobler

Qui vous accompagne dans cette aventure ?
Les arrangements musicaux sont signés Lee Maddeford.
 Originaire d’Alaska, cet homme est bourré de talent et d’énergie. Il a imaginé des nouvelles versions des chansons en y incluant des marimbas, de l’accordéon, du basson, du banjo. Quatre formidables musiciens sont sur scène avec moi : Arthur Besson, Noémie Cotton, Nelly Flückiger et Levon.
Pour la dramaturgie, j’ai travaillé en amont avec Stefania Pinnelli. On a vraiment structuré le spectacle ensemble. C’est aussi ma première collaboration avec le metteur en scène François Gremaud. J’aime beaucoup sa douceur, son univers et sa gentillesse.
En m’entourant de jeunes collaborateurs, je veux qu’on me bouscule, qu’on me remette en questions mais pas qu’on me maltraite.

Le monde du théâtre a-t-il un rapport particulier avec le temps ?
Au théâtre, le temps est autre : il peut se dilater comme s’accélérer. Shakespeare dit à ce propos : « Notre vie est un peu de temps et beaucoup de rêves ». Personnellement, j’ai passé beaucoup de temps sur scène. Je n’ai jamais su d’où était venu mon intérêt pour l’art car ce n’était pas mon milieu social à la base mais, dès mes 14 ans, je me suis plongée dans le théâtre pour ne plus en sortir. Au fil de ma carrière, je me suis un peu ménagée en n’acceptant pas plus de deux projets par année et aujourd’hui, à soixante-quatre ans, j’ai cinquante ans d’expérience professionnelle. Cela me donne un peu de recul et je trouve que le théâtre devrait pouvoir se moquer des âges. C’est un art qui permet l’invraisemblance, le maquillage, le port de masques, les comédiens plus âgés devraient y avoir leur place.

« Comme un vertige »
© Carole Parodi

Pourquoi aborder la thématique du temps aujourd’hui ?
Avec le temps, j’ai moins d’énergie et moins de tout mais plus de tendresse et de reconnaissance. « Comme un vertige » est aussi une manière de rendre hommage à la vie. Jeune, je pensais que je ne vieillirais jamais et, aujourd’hui, j’entre dans le troisième âge. Tout est une question de point de vue, par exemple De Gaulle considérait le troisième âge comme un naufrage alors que pour Duras c’est la splendeur de l’âge. C’est sûr que c’est le moment des bilans et que, pour faire face à cette décrépitude qu’est la transformation du corps, il faut avoir de la sympathie pour soi. Personnellement, j’aurais aimé être romancière ou pianiste, j’envie les gens qui écrivent ou jouent mais quelque part j’ai fait de mon mieux.

Quel est votre moteur ?
J’ai envie de célébrer le théâtre. Je n’ai jamais rien fait d’autre et cela représente ma formation poétique et politique. J’ai tourné dans le monde francophone entre le Québec, la Belgique, la France et la Suisse. J’ai travaillé sur Brecht avec André Steiger, au Théâtre du peuple, avec Jean-Louis Hourdin… Aujourd’hui, j’ai toujours envie d’apprendre et de prendre des risques. Je me réjouis de partager « Comme un vertige » avec le public car la vie est courte et le désir infini.

Propos recueillis par Sophie Eigenmann

Réservation : + 41 22 320 50 01