Grand Théâtre de Genève
Entretien : Annette Seiltgen

La mezzo-soprano Annette Seiltgen sera Orphée au Grand Théâtre de Genève.

Article mis en ligne le mars 2011
dernière modification le 24 mars 2011

par Martine DURUZ

Pour la première fois en Suisse, la cantatrice allemande originaire de Wuppertal a déjà une belle carrière de mezzo-soprano lyrique derrière elle, et certainement un brillant avenir dans les rôles qui l’attendent. Elle prend en ce moment un tournant décisif, puisqu’elle prévoit désormais de donner la priorité à des emplois bien différents. Nous ne pouvons que souhaiter le meilleur à cette personnalité souriante et chaleureuse.

Difficile de trouver des informations concernant Annette Seiltgen sur le net, en dehors de quelques critiques ponctuelles. Elle n’a pas encore eu le temps de s’occuper de son site ! Cela sera fait en automne, promet-elle. Attachée à des troupes jusqu’à présent, elle a opté aujourd’hui pour un parcours indépendant, et la tessiture du soprano. Elle est habituée au changement, à l’interprétation de personnages très différents, grâce aux théâtres de troupe dont elle a été membre pendant de nombreuses années. Chanter un soir Nicklausse et le suivant Brangäne ne la dérangeait aucunement. Elle n’a jamais refusé un rôle, même si la fréquence des représentations était parfois excessive. Son évolution vers le soprano lui paraît normale, bien que certains s’en étonnent. Dans le passé on confiait aux chanteurs des emplois très variés, mais de nos jours il faut rester fidèle à son étiquette : c’est la mode. L’essentiel, dit-elle, est de se sentir bien, de ne pas avoir l’impression de forcer.

Annette Seiltgen

C’est à l’occasion des Contes d’Hoffmann à Düsseldorf en 2004 – elle y incarnait Nicklausse et la Muse - que Christophe Loy lui a proposé la Léonore de Fidelio. La production n’a pas été réalisée, mais l’idée était née. En 2008 à Düsseldorf, grâce à Tobias Richter, l’occasion se présente de tenter ce rôle, exigeant une tessiture étendue et une flexibilité constante. En avril 2010 à Mayence, elle ajoute Salome de Strauss à son répertoire. Elle a hâte de pouvoir exprimer davantage sa féminité, de retrouver un autre langage corporel sur scène, d’abandonner les éternels travestis, de passer de Sextus à Vitellia.

Formation
Ses parents, artistes eux aussi, déménageaient tous les trois ans dans tous les coins de l’Allemagne. A chaque fois elle se voyait contrainte d’apprendre le dialecte de l’endroit, sans parvenir à le maîtriser complètement, faute de temps, ce qui bien sûr amusait ses camarades. Lassée de tous ces efforts linguistiques, elle mit les pieds au mur lorsqu’il fallut s’atteler au bavarois. Et c’est justement en Bavière que sa famille s’installa durablement !
Ses études se déroulèrent à Augsbourg. Elle n’a pas dû chercher longtemps un professeur de chant : sa mère, Emmy Lisken, contralto, était là et aujourd’hui encore elles travaillent ensemble.
La formation d’Annette Seiltgen a été complétée au Studio du Bayerische Oper de Munich, où elle a chanté des seconds rôles et découvert de la salle toute une série d’opéras. Kassel l’a engagée ensuite, puis le Gärtnerplatz de Munich et enfin le Deutsche Oper am Rhein de Düsseldorf, qui l’a gardée pendant quinze ans, tout en la laissant accepter les invitations d’autres théâtres.

« Orphée et Eurydice »
Photo GTG/Vincent Lepresle

L’important dans une carrière
Pour Annette Seiltgen, le plus important est d’avoir de la joie à chanter et de se sentir à l’aise physiquement pendant et après les représentations. Les personnages qu’elle a préférés sont ceux qui ont quelque chose de commun avec elle. Par exemple ceux qui font preuve d’une forte volonté. Octavian est dans ce cas : il est jeune, sans beaucoup d’égards pour les autres ; il n’a pas de limites mais il obtient ce qu’il veut. Salome aussi ; elle va jusqu’au bout, même au prix de sa vie. Senta, elle, a une certaine idée de l’amour à laquelle elle reste fidèle, fanatiquement.

Orphée
Jamais Annette Seiltgen n’avait pensé à ce rôle, car il est souvent attribué à des voix plus graves. Il y a dans cette œuvre un aspect salutaire, une sobriété bienfaisante. La musique évoque un univers où l’homme pouvait se sentir protégé par les dieux, avec qui il était en contact direct. Elle exprime une humanité qui ne peut que nous toucher aujourd’hui encore, nous qui vivons dans un monde où nous jouissons d’une liberté plus grande mais où la peur peut surgir à chaque instant.

« Orphée et Eurydice » avec Annette Seiltgen
Photo GTG/Vincent Lepresle

Dans cette production très originale, Orphée apparaît sous les traits d’un vieil homme plein d’énergie et de courage, mais aussi de fragilité, de sensibilité et de douceur.

Projets
Annette Seiltgen sera à nouveau Salome à Berlin en avril 2011 et Medea dans Fremd, une création mondiale de Hans Thomalla à Stuttgart en juillet.
Devenir une « prima donna » ne l’intéresse guère ; ce qui compte, pense-t-elle, c’est de rester fidèle à soi-même, en accord avec les décisions que l’on a prises.

D’après des propos recueillis et traduits par Martine Duruz