Film d’avril 2011 : “Tous les soleils“

Pour son deuxième film, Philippe Claudel propose une comédie imprégnée de musique baroque.

Article mis en ligne le avril 2011
dernière modification le 26 août 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Tous les soleils


de Philippe Claudel, avec Stefano Accorsi, Clotilde Courau, Neri Marcoré, Anouk Aimée. France, 2011.

Alessandro est un professeur italien de musique baroque qui vit à Strasbourg avec Irina, sa fille de quinze ans, en pleine crise, et son frère Crampone, un doux fou, pittoresque et anarchiste, qui refuse de sortir de l’appartement et ne cesse de demander le statut de réfugié politique depuis que Berlusconi est au pouvoir.
Parfois, Alessandro a l’impression d’avoir deux adolescents à élever, alors qu’il ne se rend même pas compte qu’il est lui-même démuni face à l’existence. Depuis la mort de sa compagne, il s’évertue à être un père modèle, il en a oublié de reconstruire sa vie amoureuse, d’autant plus qu’il est entouré d’une bande de copains dont la fantaisie burlesque l’empêche de se sentir seul. Ses loisirs, il les passe à faire le lecteur auprès de malades en fin de vie. Mais au moment où sa fille découvre les premiers émois de l’amour, sans qu’il s’y attende, tout va basculer pour Alessandro qui rencontre les bonnes personnes pour lui ouvrir les yeux.
Avec Tous les soleils, Philippe Claudel signe son deuxième long métrage, trois ans après Il y a longtemps que je t’aime, adapté de son propre roman. Ce drame avait été récompensé par le César de la Meilleure première œuvre et avait attiré plus d’un million de spectateurs dans les salles. Un succès public et critique qui a permis au cinéaste d’avoir l’embarras du choix pour choisir les acteurs destinés à incarner les personnages de ce second film. Ainsi Claudel a pris le parti de faire appel à un acteur italien, Stefano Accorsi – vu récemment dans Bacciami ancora - connu dans son pays mais méconnu du public hexagonal, pour tenir le rôle principal. C’est d’ailleurs la première fois que le comédien italien est en tête d’affiche d’un film français.

« Tous les soleils » de Philippe Claudel
© Pathé films

Ce film, pour lequel Philippe Claudel a écrit un scénario original, se veut une comédie rafraîchissante aux thématiques multiples – la famille monoparentale, la difficulté à retrouver une vie amoureuse, le deuil d’un être aimé, les relations avec nos enfants adolescents – mais il fait surtout la part belle à la musique baroque qui est un protagoniste à part entière. C’est en découvrant une musique traditionnelle italienne, la Tarantelle, que le réalisateur a trouvé l’inspiration du personnage principal de Tous les soleils. Selon la tradition, cette musique était d’ailleurs censée guérir les gens qui s’étaient fait piquer par une tarentule, et remettre un peu de vie à l’intérieur des cœurs abattus. « Il y a une telle magie dans cette musique, un côté tellement charnel, sensible et humain. Les Tarentelles recouvrent toutes les émotions : la joie, la tristesse, la sérénité, l’allégresse ! Cette musique m’a inspiré assez vite un personnage de professeur de musique baroque qui vit à Strasbourg » relate le cinéaste.
Une scène amusante du film permet à Stefano Accorsi de danser la tarentelle sur le pupitre de sa chaire d’enseignant à l’Université de Strasbourg face un auditoire d’étudiants enthousiastes. Le cinéaste a choisi de réaliser ce second film à Strasbourg afin de renforcer l’une des thématiques de son film, le multiculturalisme. Strasbourg, siège du Parlement européen et de fait à la croisée des cultures, était un lieu tout désigné. Pour l’anecdote, le titre originel de Tous les soleils – que les mélomanes auront reconnu dès l’intitulé - était Silence d’amour, du nom de la cantate chantée par Stefano Accorsi à la fin du film. Servi par une palette d’acteurs complémentaires et symbiotiques, ce film bénéficie d’une photographie lumineuse, à l’image de l’Italie, source d’inspiration, et soignée, qui baigne les spectateurs dans une atmosphère bienveillante et accueillante, grâce à laquelle on oublie les failles du film.

Firouz-Elisabeth Pillet