Opéra de Nice
Nice : “Boris Godounov“

Une production qui ne fait pas spécialement dans l’imagerie classique...

Article mis en ligne le avril 2011
dernière modification le 26 août 2011

par François JESTIN

L’Opéra de Nice a choisi la version « courte » de Boris Godounov, celle de 1869. Il n’en reste pas moins que, donné sans entracte, le spectacle s’adresse aux amateurs !

C’est en effet une représentation de plus de 2 heures et 30 minutes qui est proposée aux spectateurs… pas toujours avertis. Un peu chahutée au rideau final, la production de Nicolas Joël, créée au Capitole de Toulouse, ne fait pas spécialement dans l’imagerie classique du tsar de la Russie éternelle. Le plateau, le plus souvent très sombre et enfumé, est équipé d’un faux-plafond et par moments d’une passerelle métalliques. L’apparition de Boris est saisissante : un faux tsar avec manteau, couronne et sceptre trône à l’étage, tandis que le vrai Boris se fond dans le peuple sur scène, dans des habits ouvriers (la révolution communiste est aussi suggérée). Les interrogations, les remords de Boris – après tout un homme parmi les hommes – s’en trouvent renforcés.

« Boris Godounov »
© D. Jaussein

La réalisation visuelle est plutôt fluide et dynamique, grâce à des précipités de durées très raisonnables entre les 7 tableaux, et les mouvements des solistes et choristes sont fort bien réglés. Mais c’est surtout l’exécution musicale qui est remarquable ce soir, confiée à Gennadi Rozhdestvensky : s’il n’a sans doute pas le feu d’un Gergiev, le vénérable chef russe dirige admirablement les musiciens qui font un sans-faute et délivrent de somptueux contrastes et nuances.

La distribution vocale est également solide et homogène, emmenée par Evgeny Nikitin, beau et autoritaire Boris, peut-être légèrement en délicatesse sur l’extrême aigu de sa partition. Jolie basse de Brindley Sheratt (Pimène), et valeureux ténors aussi de Evgeny Akimov (Grigori), Andrey Popov (Chouïski) et jusqu’à Andrey Zorin, voix sur le fil de la caricature du rôle de l’Innocent. Côté féminin, Maria Gortsevskaya (Fiodor) et Khatouna Gadelia (Xénia) composent des enfants très bien chantants, ainsi que la Nourrice de Marie Noële Vidal et l’Aubergiste de Nona Javakhidze. Une mention particulière enfin pour les chœurs niçois très bien préparés, malgré d’évidents problèmes passagers de justesse lorsqu’ils chantent en coulisse.

François Jestin

Moussorgsky : BORIS GODOUNOV le 11 février 2011 à l’Opéra de Nice