Musée d’ethnographie, Annexe de Conches
Genève : Scénario catastrophe
Article mis en ligne le mai 2007
dernière modification le 15 août 2007

par Magali JANK

Dans le cadre du projet « Tout peut arriver ! », chapeauté par le Département des affaires culturelles de la Ville de Genève, le Musée
d’ethnographie de Genève (MEG) propose dans son annexe de Conches Scénario catastrophe. Cette exposition vise à faire découvrir les multiples perceptions et interprétations de la catastrophe selon les cultures et sociétés humaines les plus diverses, qu’elles soient européennes ou issues d’autres continents. Jusqu’au 6 janvier 2008.

« Scénario catastrophe », uniquement une exposition-choc sur le phénomène de la catastrophe ? Il n’en est rien. Comme le précise Christian Delécraz, commissaire de l’exposition, « la catastrophe n’est pas concrètement représentée dans cette exposition. En revanche, elle est suggérée à de nombreuses reprises ». Nuance. Ainsi propose-t-elle plutôt un parcours « à la découverte de la construction culturelle de la catastrophe » au sens large du terme. Cinq salles offrent des lieux de questionnements divers, allant de “comment se protéger de la catastrophe et l’affronter“ à “comment perçoit-on la catastrophe à venir“.

Une scénographie probante
Projections, textes, animations, décors et films témoignent d’une excellente scénographie. D’emblée, les multiples effets visuels et sonores interpellent le visiteur, sans pour autant faire de l’exposition un espace de divertissement. C’est avant tout son riche contenu, parfaitement mis en valeur, qui retient toute l’attention du visiteur. Plusieurs phénomènes ou événements liés à l’exploitation du spectre de la catastrophe à venir, sont mis en exergue : les médias, de par leur rôle dans la diffusion d’une information quasi instantanée, sont susceptibles de susciter la peur. On se souvient de la grippe aviaire, qui avait défrayé la chronique en octobre 2005 et sur laquelle
« Scénario catastrophe » revient.
Le « Patriot Act », loi américaine votée en 2001 après les tristes attentats du World Trade Center, est un autre exemple marquant abordé par l’exposition. Cette loi est l’emblème d’une société de plus en plus contrôlée, sous surveillance permanente.
L’exposition n’oublie pas de porter son regard ailleurs qu’en Occident. Elle s’arrête notamment chez les Woyo d’Afrique centrale, chez qui certains objets peuvent être synonyme de pouvoir et de ce fait véhiculent un message « d’ordre social ». On pourra ainsi admirer un grand masque ndunga, qui de par ses marques rouges représentant la variole, symbolise les risques encourus par les membres du groupe qui en transgresserait les normes.

Objets rituels de protection. Musée d’ethnographie de Genève. Photo : J. Watts

Gris-gris et autres porte-bonheur
On pourra faire escale aussi dans une sorte de bunker, d’appartement de témoins fictifs de la catastrophe, où toute une série d’objets à vocation protectrice sont exposés. Ce sont des images évoquant des catastrophes mythiques, objets fétiches traditionnels ou actuels, objets pour rituels religieux ou profanes, fer à cheval, ramoneurs ou autres objets étonnants, inspirés notamment par des designers et des artistes qui sont réunis dans ce sanctuaire, défiant toute catastrophe. Parmi ces objets, on notera un masque de pignon de Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui fixé sur la façade des habitations, représente les esprits féminins claniques, supposés protéger les hommes des catastrophes.

Et après ?
L’exposition nous pousse encore plus dans la réflexion et nous invite à nous interroger sur comment reconstruire et « se » reconstruire après une catastrophe. Un travail de mémoire, ne pouvant être effectué qu’au sein de la collectivité, semble être la première étape nécessaire à la conservation du souvenir de l’événement. Cette trace se doit de s’inscrire dans un lieu reconnu de tous afin de perdurer. Ces propos sont illustrés notamment par l’après génocide rwandais, où la refonte d’un lien national fut et est extrêmement difficile à achever. C’est le stade Amaharo (Paix) de Kigali qui accueillit, le 7 avril 2004, la commémoration des 10 ans du génocide rwandais. Parallèlement, récits et témoignages disent toute l’horreur de ce drame et de ce fait lui évite l’oubli.

La fin du monde. Illustration tirée du Journal des Voyages, no. 268, 2e série, 19 janvier 1902. Coll. Maison d’Ailleurs / Agence Martienne

« Scénario catastrophe » documente aussi l’élan de solidarité qui découle d’une catastrophe. Particulièrement important lors du tsunami qui toucha l’Asie du Sud-Est le 26 décembre 2004, c’est à travers le prisme de La Chaîne du Bonheur, fondée en 1946, que ce phénomène est illustré. Nombreuses sont les catastrophes dont les conséquences mènent à la destruction d’un tissu social ou familial. Aussi néfastes que ces destructions puissent être, elles engendrent involontairement de nouveaux liens sociaux, de nouvelles structures. C’est notamment à travers l’épidémie du Sida et plus particulièrement à travers l’action du projet Patchwork des Noms que cet aspect est ici traité. Patchwork des Noms (Names project), né en 1987 à San Francisco, vise à honorer la mémoire des victimes du Sida en refondant symboliquement le lien communautaire reliant entre elles les victimes. Ce projet s’inscrit parfaitement dans la nébuleuse d’associations qui, dès les années 80, se sont mobilisées en formant un contre-pouvoir face aux instances officielles de santé.
Pour finir, « Scénario catastrophe » tente de répondre à cette dernière interrogation : quelle sera la prochaine catastrophe ? quelle forme prendra-t-elle ? Et si la fiction s’est déjà largement emparée du sujet à travers des récits et des films, chaque individu s’en fera à coup sûr sa propre représentation.

Magali Jank

« Scénario catastrophe », jusqu’au 6 janvier 2008, de mardi à dimanche, 10h-17h, MEG Conches
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