Pinacothèque de Paris
Paris : Van Gogh / Hiroshige

La Pinacothèque associe les Rêves de Japon de Van Gogh avec L’art du voyage d’Hiroshige.

Article mis en ligne le 2 novembre 2012
dernière modification le 22 mars 2013

Intéressante mise en parallèle à la Pinacothèque de Paris, avec les œuvres de Van Gogh - Rêves de Japon - et celles de Hiroshige - L’art du voyage.

Van Gogh-Hiroshige : d’Edo à Arles, le voyage intérieur

Van Gogh est sans aucun doute l’artiste le plus célèbre au monde. Rien ne surpasse la puissance de son œuvre dans ce que nous connaissons de la période moderne et impressionniste. La déraison et le tourment caractérisent le plus son œuvre puisqu’il est, en effet, l’un des personnages les plus torturés que la période ait connu. Tout a été dit sur la fragilité psychologique de Van Gogh, sur ses troubles bipolaires, sa schizophrénie et sur ses crises de délire accompagnées d’hallucinations, ainsi que sur leurs conséquences directes sur son œuvre et sa manière de voir le monde. Mais il est légitime de se demander si l’analyse de ses troubles graves, mise en relation avec l’analyse de ses œuvres n’a pas finalement fait oublier l’essentiel.

Une approche plus traditionnelle de son œuvre permet de constater avant tout que ses références vont se tourner vers un art qui est le contraire de celui qu’il a produit : celui de Hiroshige. Un art dont toute la philosophie repose sur la solidité, la composition, la sérénité, le voyage et la paix intérieure.

Au temps des impressionnistes, Hiroshige est de loin l’artiste qui a le plus fasciné l’ensemble du groupe des jeunes contestataires des Salons. Hiroshige est l’un des derniers maîtres dans la tradition de l’ukiyo-e. Il a porté ce genre, le plus remarquable de la prospère période d’Edo, jusqu’à un niveau inégalé. L’ukiyo-e, littéralement « image du monde flottant » désigne le style d’estampes très coloré propre à l’époque d’Edo. Il est question d’y représenter la nature aux quatre saisons, le passage du temps, mais aussi la vie de la cité dans l’excès des sensations qu’elle offre au corps. En effet, le bouddhisme met en garde contre les plaisirs des sens et rappelle que le monde, comme en témoigne le passage des saisons, n’est qu’une illusion, un « monde flottant », dont il convient de se détacher.

L’exposition que la Pinacothèque de Paris présente aujourd’hui est avant tout une réparation de cet oubli majeur de la muséographie française puisqu’il n’y a jamais eu d’exposition du Maître d’Edo. Hiroshige, l’art du voyage permet donc aujourd’hui de faire la lumière sur cet univers référentiel, avant tout celui du voyage.

La rencontre organisée entre le Japonais et le Hollandais est étonnante mais rendue possible aujourd’hui grâce à l’exposition simultanée de l’art de Van Gogh et de celui de Hiroshige à la Pinacothèque de Paris. Jamais une étude aussi poussée des références de Van Gogh n’avait été faite et jamais une confrontation aussi audacieuse n’avait été tentée. Elle permet de se rendre compte que les références de Van Gogh au japonisme en général et à Hiroshige en particulier ne sont pas seulement réduites à quelques œuvres phares, copies évidentes du Maître d’Edo, mais que la majorité de ses paysages à partir de 1887 sont construits autour d’un système référentiel au centre duquel se retrouve, presque systématiquement, l’œuvre de Hiroshige.

En montrant une quarantaine d’œuvres et principalement des paysages, l’exposition – qui est aussi la première consacrée uniquement à l’artiste hollandais depuis des décennies à Paris – est une démonstration claire de l’importance du japonisme dans l’art impressionniste. La comparaison avec Hiroshige grâce à ces deux expositions concomitantes est évidemment une première qui permet une confrontation d’une précision incomparable.

Hiroshige, l’art du voyage / Van Gogh, rêves de Japon
Jusqu’au 17 mars 2013