Musée Frieder Burda, Baden Baden
Baden Baden : „Images de l’homme“

Dialogues insolites au musée Frieder Burda...

Article mis en ligne le 7 décembre 2012
dernière modification le 11 janvier 2013

La nouvelle exposition du musée Frieder Burda offre un regard différent sur sa collection, autour d’un thème qui y est fréquemment représenté : les images de l’homme. Elle est structurée à partir d’une sélection d’œuvres traitant ce motif – fil rouge de l’exposition – et montre avec quelle variété thématique et stylistique les artistes s’en emparent.

Divergences et convergences instaurent entre les œuvres des dialogues insolites et de singulières consonances. Des œuvres connues de Georg Baselitz, Gerhard Richter et Sigmar Polke voisineront ainsi avec des travaux moins célèbres d’artistes de la nouvelle génération, dont certains n’ont pas encore été exposés, comme ceux de Tim Eitel, Susanne Kühn ou Simon Pasieka.

Qu’est-ce qu’être un homme ? Dans les différentes salles du musée, les œuvres tentent apporter une réponse à cette question ; elles racontent comment les artistes de la collection se saisissent de ce thème pour y répondre dans leur style spécifique. L’exposition offre ainsi une coupe transversale dans les courants artistiques du dernier demi-siècle.

Pour Georg Baselitz et Sigmar Polke, l’interrogation sur l’humaine condition constitue un moyen d’explorer les virtualités artistiques de la peinture. Dans l’Allemagne occidentale de l’après-guerre, à partir des années soixante, Baselitz contribue à la renaissance de la peinture figurative. L’artiste accède à la renommée internationale avec le retournement du motif – les tableaux accrochés à l’envers – grâce auxquels il libère la figuration des contraintes du contenu et du sens. L’exposition présente une série de portraits renversés ainsi que des sculptures de l’artiste. Dans l’œuvre de Sigmar Polke, l’accent est mis avant tout sur un jeu avec les modèles et les matériaux, dont la complexité constitue le cosmos spirituel du peintre.

Quant à Gerhard Richter, ses premières œuvres se présentent comme la version allemande du pop art : des photos extraites de journaux, qu’il transpose sur la toile.
Mais ces œuvres sont aussi un geste de démontage, Richter n’hésitant pas à modifier ou à surcharger ses peintures. Un bon exemple de cette démarche est offert par la célèbre « Party » appartenant à la collection : insatisfait de son travail, Richter lacère la toile, la recoud avec une ficelle grossière et la termine avec des clous, à l’instar de son ami Günther Uecker. Le geste de recouvrir et de faire disparaître le motif se retrouve dans l’œuvre de l’Autrichien Arnulf Rainer et du jeune Français Marc Desgrandchamps, dont l’exposition présente quelques toiles significatives.

Chez Eugen Schönebeck et Markus Lüpertz, la figuration est légitimée en premier lieu par le désir de transmettre un contenu. Pour Schönebeck, on verra les portraits, traités en aplats et couleurs vives, de personnalités du monde communiste : « Mao Tsé-Toung » ou « Maïakovski » sont des œuvres relevant de la mouvance du pop art, mais elles reflètent également, par l’allure héroïque du personnage, les engagements politiques du peintre. Le triptyque de Markus Lüpertz « Zyklop I, II, III – dithyrambique » peut être interprété à différents niveaux : la répétition du motif renvoie aux hymnes consacrés par Nietzsche au dieu Dionysos, tandis que l’uniforme quasi militaire du Cyclope renvoie aux jours sombres de l’histoire allemande. Mais la mise en scène intentionnellement pompeuse du motif est le signe de l’autonomie de la peinture face au motif.

L’image de l’homme dans l’œuvre d’art pose également des questions sociales qui touchent à l’émotionnel. La jeune génération travaille ainsi dans un style figuratif au sens du réalisme photographique prenant en compte les différents avatars de l’existence humaine. Ce sont des œuvres chargées d’atmosphère qui parlent du vivre-ensemble, de l’amitié, de la liberté et du sentiment de la nature – comme le fait Tim Eitel dans « Abend » (Le Soir), toile romantique dans laquelle une jeune femme erre dans un paysage. À ce monde de rêve qui est celui de la jeunesse, s’oppose un autre groupe d’œuvres racontant des histoires de vie privée et intime : telle la froideur des décors architecturaux de Susanne Kühn, les tableaux de Almut Heise, qui évoquent des images de petite bourgeoisie étriquée et oppressante ou des instants de solitude glaciale. Les hommes dans leur cadre de travail, qu’ils y soient libres ou contraints, sont les thèmes de Heribert C. Ottersbach, de Eberhard Havekost, avec ses images de places boursières internationales, ou de Karin Kneffel avec ses scènes de la vie des pêcheurs d’Islande.

L’exposition se termine par un groupe de photographies et des vidéos dues à Gregory Crewdson et Bill Viola. L’un et l’autre mettent en scène les aspects sombres, déprimants, mélancoliques de la condition humaine, avec une mise en œuvre de moyens coûteux et raffinés permettant au spectateur de partager solitude et frustration de leurs personnages.

Les œuvres exposées reflètent dans leur variété les différentes facettes de la condition humaine ; elles témoignent aussi de la passion du collectionneur Frieder Burda, de sa fascination pour la couleur et les qualités émotionnelles de la peinture.

Jusqu’au 6 janvier 2013