Fondation Beyeler, Riehen
Fondation Beyeler : Les oeuvres d’une vie

L’Autre Collection : hommage à Hildy et Ernst Beyeler

Article mis en ligne le octobre 2007
dernière modification le 7 janvier 2008

par Régine KOPP

L’Autre Collection : hommage à Hildy et Ernst Beyeler.
Dix anx déjà que la Fondation Beyeler existe, proposant une collection permanente exceptionnelle mais aussi des expositions temporaires qui ont enrichi le paysage muséal suisse et attirent des visiteurs du monde entier.

A cet anniversaire s’en ajoute un autre, les soixante ans de la galerie Beyeler, par laquelle ont transité près de 16 000 toiles, sculptures et travaux sur papier et que le marchand Ernst Beyeler a vendu aux plus grand musées et collectionneurs de la planète. Prenant prétexte de ce double anniversaire, le marchand a imaginé de créer son musée imaginaire,confiant l’architecture du projet au commissaire et collaborateur de la galerie Oliver Wick, chargé de rapatrier environ 130 oeuvres, vendues par la galerie aux grandes collections publiques et privées, pour les faire dialoguer avec celles de la collection permanente, qui ont, pour la circonstance, perdu leur place habituelle, mais auxquelles le nouvel accrochage apporte un éclairage riche de sens.Il s’agit aussi depuis l’ouverture du musée de la plus grande exposition qui nous rappelle les prédilections esthétiques du couple : les oeuvres qu’ils ont vendues (signalées par des cartels rouges) et celles qu’ils ont gardées (cartels noirs), composent ensemble un hommage à l’oeuvre de toute une vie.

Les salles sont une succession de superlatifs et c’est un plaisir tout d’abord pour les yeux mais aussi pour l’esprit , tant le dialogue entre ces oeuvres est vivant et pertinent. Dès la première salle, on est saisi par la qualité des oeuvres. Celles de Van Gogh : le Portrait du facteur Roulin, prêté par le Musée d’art moderne de New York, l’Arlésienne provenant de la Galerie nationale d’art moderne de Rome et une Pieta (d’après Delacroix), prêtée par le Vatican, un Bouquet de fleurs, appartenant au musée d’art et d’histoire de Genève. Sur un autre mur, c’est une suite de Gauguin époustouflants : Entre les lys (collection du Liechtenstein), une Nature morte (Musée d’art contemporain de Téhéran) et surtout un portrait de La mère de l’artiste (Stuttgart), peint 25 ans après la mort de sa mère et rendu dans des tons lumineux qui évoquent les portraits de femmes peints en Polynésie. Cézanne est magnifiquement représenté avec Madame Cézanne au fauteuil jaune (Fondation Beyeler) entourée par deux autoportraits : l’un en provenance du musée d’Orsay, l’autre de Pittsburgh.
Pour annoncer Picasso, c’est La Dame au chapeau noir (Toledo museum of art) qui a été choisie,à côté de laquelle est placée une merveilleuse sculpture, Tête de femme ( Toronto) . Là aussi le choc artistique est garanti ! Picasso est d’ailleurs un des points forts de l’exposition, comme il l’a été de la galerie, et on le retrouve dans plusieurs salles, à différentes étapes de sa longue vie de créateur : des natures mortes, des portraits de femmes, parmi lesquels on aurait dû mal à choisir. On passe devant le tryptique des Nymphéas de Monet, seule oeuvre à ne pas avoir bougé de place. Kandinsky, Mondrian, Léger, Miro, Klee, Max Ernst, Giacometti, tous ces artistes jalonnent le parcours avec des tableaux connus puisqu’ils sont dans la collection et d’autres, dispersés au quatre coins du monde que l’on découvre dans un accrochage qui n’est jamais ennuyeux. Matisse a droit à un traitement particulier : dans une salle, ses oeuvres côtoient un Rothko (Red), puis on pénètre dans un immense espace, où les papiers découpés de Matisse rencontrent des oeuvres d’Ellsworth Kelly, Calder, Rauschenberg et Warhol. C’est l’ouverture sur l’abstraction. Suivront les représentants du Pop Art, Warhol, Lichtenstein, Rauschenberg, des artistes auxquels le galeriste a consacré de nombreuses expositions, pour terminer avec des oeuvres remarquables de Francis Bacon dans l’avant-dernière salle. Le parcours prenant fin avec une sélection de Dubuffet de toute première qualité, autour du portrait féminin. Mentionnons encore que les visiteurs francophones, qui se placent juste après le public allemand en taux de fréquentation, auront droit à un catalogue somptueux, rédigé en français, étoffé par de nombreux témoignages sur cette personnalité exceptionnelle qu’est le marchand Ernst Beyeler. Jusqu’il y a dix ans, seuls les collectionneurs privés et les musées le connaissaient. Avec la création de la Fondation et de l’ouverture de la collection au public, il est entré dans la légende de l’histoire de l’art, comme un des grands marchands des classiques modernes, aux côtés de Vollard ou de Kahnweiler.

Régine Kopp

Exposition jusqu’au 6 janvier 2008
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, mercredi jusqu’à 20h
www.beyeler.com