Concerts Temps & Musique, Genève
Genève, Temps & Musique : Le Quatuor Artemis
Article mis en ligne le octobre 2007
dernière modification le 4 octobre 2007

par Pierre JAQUET

Il y a des musiciens qui cherchent à occuper une place dans le paysage musical. D’autres la prennent, comme cet ensemble berlinois.

Les lignes suivantes ont été écrites dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung : « De Beethoven à Ligeti, le volume, la clarté et la dramaturgie de leurs interprétations sont insurpassables ». Ces artistes, passionnés de musique contemporaine, lisent de façon le plus souvent convulsive et accidentée, les oeuvres du passé au travers des explorations d’aujourd’hui.
S’ils ne se préoccupent guère de musicologie ou d’histoire, les archets au regard parfois un peu décalé par rapport à l’esthétique originale du compositeur, énoncent à chaque fois un discours intéressant. Un compact consacré à deux opus de Beethoven (l’opus 95 et l’opus 59/1) l’illustre : l’univers du compositeur est transfiguré et les concertistes sculptent la partition : il en ressort un monde étrange et tourmenté, parfois macabre et toujours passionnant par les formes spasmodiques qui s’y font sentir. Artémis n’était-elle pas, chez les Grecs, la déesse de la chasse ? [Virgin 7243 5 45738 2 8]
Dans l’ensemble professionnel formé en 1994 par Natalia Prischepenko, (violon), Heime Müller (violon), Volker Jacobsen (alto), Eckart Runge (violoncelle), les musiciens ont décidé qu’il n’y aurait pas de premier violon et que cette responsabilité serait attribuée selon les circonstances. L’altiste a ainsi expliqué la répartition des rôles et les choix esthétiques : « Nous n’avons pas de critère musical, ni pour le répertoire, ni pour le style d’interprétation. Nous nous sommes répartis le répertoire de manière équitable et systématique ; c’était assez simple et nous étions tous d’accord. Nous avons délibérément voulu agir de manière démocratique. » Ce sens de l’adaptation et du dialogue est fort précieux quand il faut aborder les deux quatuors de Ligeti. Dans le défilé rapide des multiples mouvements, les interprètes paraissent réinventer à chaque instant un paysage sonore aux tonalités étranges et aux architectures recherchées. [Virgin 0946 336934 2 5]

Quatuor Artemis

Parcours
Etabli à Berlin, le Quatuor Artemis trouve son origine dans une formation d’étudiants, fondée en 1989 déjà, au Conservatoire de Lübeck. Dans leur parcours estudiantin, ces interprètes ont côtoyé des figures illustres : Walter Levin (qui les mis en relation et encouragés à former un quatuor) les Quatuors Emerson, Juillard et Alban Berg. Avec certains des membres de cette formation, les « Artemisiens » ont gravé des pages pour sextette, preuve que les contacts ont perduré au-delà de la formation initiale. Evoquant cette expérience, Volker Jacobsen, altiste, a déclaré : « On est à la fois curieux et heureux d’avoir le privilège de jouer avec de grands musiciens (Thomas Kakuska à l’alto et Valentin Erben au violoncelle). Bien sûr, on éprouve beaucoup de respect, mais ils manifestent tous les deux une telle droiture, une telle franchise que le respect n’est pas un obstacle en soi. Cela fait doublement plaisir de travailler dans une bonne ambiance, en toute collégialité. C’est une grande source d’inspiration sur le plan musical. » La publication est formée de pages de Richard Strauss, Alban Berg et Arnold Schönberg : Le sextette pour cordes (extrait du Capriccio) témoigne d’une collaboration exemplaire qui a permis de souligner toute la nostalgie et la déconvenue qui occupaient l’esprit de Richard Strauss quand, au soir de sa vie et pendant la guerre, il a rédigé ce texte. [Virgin 0946 335130 2 0]
Quelques mois après le début de son parcours professionnel, le groupe est devenu l’un des premiers ensembles de sa génération : Le premier prix obtenu au concours de l’ARD (la première chaîne de télévision allemande) en 1996 et, quelques mois plus tard, le « Premio Borciani » marquent leur percée. Le Quatuor Artemis a cependant choisi de différer sa carrière pour se consacrer à un perfectionnement pendant une année à Vienne avec le Quatuor Alban Berg en 1998, suivie d’une résidence de trois mois auprès du Wissenschaftskolleg de Berlin. Un concert à la Philharmonie de Berlin, applaudi par la presse, a marqué la véritable naissance de la réputation du Quatuor Artemis, en juin 1999.

Nouvelle formation
Depuis juillet 2007, les seize cordes se présentent sous une nouvelle formation avec Gregor Sigl (violon, à la place de Heime Müller) et Friedemann Weigle (alto, à la place de Volker Jacobsen). Les Festspiele de Salzbourg, la Schubertiade de Schwarzenberg, le Festival de Musique du Rheingau et le Septembre Musical Montreux-Vevey marquent, entre autres, les étapes de la première tournée de l’ensemble dans sa forme nouvelle.
Les interprètes attachent énormément d’importance au dialogue et à l’échange. Toujours selon l’altiste Volker Jacobsen « La condition sine qua non est que ces quatre personnes aient le même bagage. Pour se faire, il faut discuter, convaincre, rester vigilant, ne pas décrocher et rester en mouvement. C’est une attitude saine. Je dois toujours justifier mes actes. Ça fait parfois mal. Jouer dans un quatuor à cordes est une école sur le plan musical mais aussi humain. » Il n’est donc guère surprenant que le Quatuor Artemis ait attaché une importance toute particulière à la coopération avec d’autres musiciens, (Juliane Banse, Truls Mørk, Leif Ove Andsnes...) qui l’ont accompagné au cours de ses tournées les plus récentes. Une trace discographique : les quintettes pour piano de Schumann et de Brahms avec le pianiste norvégien. L’esthétique du compositeur le plus ancien est romantique au sens originel du terme. C’est un monde troublé, accidenté dans lequel le flux sonore ne paraît jamais s’écouler sans ruptures ni tensions. Tout est frénétique et interrogatif. [Virgin 00946 3951143 2 8]
Le Quatuor consacre également une part importante de son travail à la musique contemporaine. Des compositeurs comme Mauricio Sotelo (2004), Jörg Widmann (2006) et Thomas Larcher (première en 2008) ont rédigé - ou vont rédiger – des oeuvres pour le Quatuor Artemis. En parallèle de ses activités scéniques, Artemis s’est aussi tourné vers le cinéma : en 1996, les artistes étaient invités par le Quatuor Alban Berg dans un film de Bruno Monsaingeon intitulé « La jeune fille et la mort » d’après le quatuor à cordes du même nom de Franz Schubert. Cinq ans plus tard, le Quatuor Artemis se retrouvait devant la même caméra dans « Strings Attached » (de la télévision allemande WDR), un portrait filmé consacré aux musiciens sur le thème de la Grande Fugue op. 133 de Beethoven.

Pierre Jaquet

Quatuor Artemis. Conservatoire de Musique, le 8 octobre à 20h30.
Loc. Service culturel Migros,rue du Prince 7
Site internet : http://www.artemisquartet.com/