Théâtre de Carouge
Carouge : “Le Misanthrope, suite et fin“

Le Théâtre de Carouge présente, jusqu’au 21octobre : Le Misanthrope, suite et fin de Molière et Courteline, dans une mise en scène de Michel Kullmann.

Article mis en ligne le 10 octobre 2011
dernière modification le 10 décembre 2017

par Claudia CERRETELLI ROCH

Alceste, idéaliste, prétend se comporter sans hypocrisie. Il clame son intransigeance face au pouvoir, mais, amoureux de Célimène, qui s’oppose à lui en tout point, il tente de la convaincre de renoncer au monde par amour pour lui.

Cet amour improbable, on le connaît… bien qu’on puisse le redécouvrir à chaque fois avec étonnement, lorsqu’il est créé par un excellent metteur en scène : tout n’est pas – et ne doit pas être – joué d’avance.

Décalage
La « suite » et la « fin » du fameux homme aux rubans verts, elle, on la connaît un peu moins. C’est Courteline, qui nous l’offre, quelque 239 ans après Molière, qui lui, avait créé la pièce en 1666 au Palais Royal. On imagine donc le décalage d’humour, de jeux de rimes et de caractères, mais aussi de vocabulaire et d’allusions historiques.

Revenons à Alceste. On peut aimer sans estime, aimer et mépriser. Cela était vrai pour Swann envers Odette… Un Alceste admiratif de Célimène, comme on peut le rencontrer dans l’œuvre de Courteline, par exemple, semble surprenant :
« Et Célimène encor ! Doux, et tendre, et jeune être !
Que je restai longtemps malpropre à la connaître,
Et que l’égarement de mes transports jaloux
Fut dur à ses vingt ans traqués comme des loups ? 
 »

Qui est vraiment le loup ? Comment comprendre cette « conversion » à mille facettes ? Est-elle aussi religieuse que le mot l’évoque ? Faut-il se soumettre à sa nature profonde, comme le prône Célimène, ou au compromis engendré par la vie de société ?... . Le metteur en scène Michel Kullmann affirme que Courteline pousse les idées et leurs comportements dans leurs derniers retranchements, à la lisière du non-sens. C’est peut-être cette lisière de l’abstraction, qui sera représentée par le décor, qu’André Marcon révèle lisse et net : « Une galerie d’art », ajoute-t-il.

De gauche à droite : André Marcon (Alceste), et Élodie Bordas (Célimène) dans Le Misanthrope, suite et fin de Molière et Courteline, mise en scène de Michel Kullmann. Photo de répétition : Elsa Rochaix

On pourrait supposer également une difficulté à jouer deux personnages fondamentalement différents, puisqu’une conversion est un changement de nature. Quant à André Marcon, qui jouera Alceste, il nous répond que les éventuelles difficultés de jeu liées aux deux Alcestes, il ne les éprouve pas : « Le texte de Courteline est si fort, qu’il n’a rien d’un pastiche. Il s’agit plutôt d’un contrepoint savoureux, d’un clin d’œil de Courteline qui partage son mode ironique avec celui de Molière ». Ce dernier, ajoute-t-il, nous apprend que la nature humaine est essentiellement comique : « Alceste est pris dans une machine et une vision comiques à laquelle ne semble échapper aucun des protagonistes ». Ceci malgré la mélancolie. André Marcon ajoute que le rythme et la rime, qui sont conservés dans Courteline, sont un « bon combustible pour la scène », étant à la fois monotones et inattendus.

André Marcon, qui a connu Michel Kullmann trois ans auparavant au festival de Cernier, revient en Suisse au théâtre de Carouge :
« Michel Kullmann m’a demandé de travailler avec lui pour l’occasion. J’aime beaucoup travailler avec cette équipe, que je découvre petit à petit… » Quelques mots, à peine prononcés, mais suffisants. La rencontre s’est faite.

André Marcon jouera à Paris, en novembre, une pièce de Yasmina Reza, Le dieu du carnage. Il sera, pour l’occasion, le mari d’Isabelle Huppert. Pour la suite, « on verra, ajoute-t-il, si le théâtre privé peut marcher… ». Avignon, où il a été applaudi par le passé est encore très loin.

Claudia Cerretelli

Jusqu’au 21octobre : LE MISANTHROPE, suite et fin (Molière et Courteline), m.e.s. Michel Kullmann. Théâtre de Carouge, Grande Salle François Simon, ma-je-sa à 19h, me-ve à 20h, di à 17h (rens. & loc. 022/343.43.43)