Concours de Genève : Entretien avec Didier Schnorhk
Article mis en ligne le octobre 2007
dernière modification le 22 octobre 2007

par Magali JANK

Pour sa 62e édition, le Concours de Genève réunit du 1er au 15 octobre le chant et la clarinette, nous promettant des moments musicaux intenses. Prestige et excellence toujours avec, cette année, deux grands noms à la tête du jury : Teresa Berganza pour le chant et Thomas Friedli pour la clarinette. Grande nouveauté cette année, la collaboration avec le Cercle du Grand Théâtre, qui décernera un Prix Spécial. Didier Schnorhk, secrétaire général du Concours nous en dit davantage. Entretien.

Désormais à l’affiche en alternance avec le piano, le chant est de retour cette année.
D.S. : En effet, absent depuis 2003, le chant sera dorénavant à l’honneur tous les deux ans, et ce, pour les dix prochaines années, grâce à un partenariat avec le Cercle du Grand Théâtre. Ce dernier nous permet de renouer avec le cœur de l’activité du Concours qui, dans les années 1970-80, était le chant et le piano. Cette association offrira aux lauréats la possibilité de bénéficier d’un nouveau Prix : « le Prix du Cercle du Grand Théâtre », soit un engagement pour un premier ou un second rôle au Grand Théâtre dans les trois années qui suivent le Prix.

Didier Schnorhk, secrétaire général

Considérez-vous le chant comme une discipline parmi d’autres ou possède-t-il des spécificités particulières ?
Le chant met en jeu le corps de l’interprète et touche profondément à son intimité. Contrairement à l’instrumentaliste, le chanteur est directement en prise avec son art, à l’instar du théâtre ou de la danse. Il n’y a pas d’ « intermédiaire ». A la maîtrise de la voix, du souffle et de la posture s’ajoute celle de soi, de tout son corps afin d’atteindre l’objectif musical fixé. Le jeu est extrêmement important lors d’un concours, car la présence physique, l’expression du visage ainsi que la théâtralité sont également jugées. Le chant est un art complet, physique. C’est sans doute cela qui le place à part, tout en le rendant infiniment proche des gens. Nombre de vedettes internationales sont aujourd’hui issues du monde lyrique ! Contrairement aux instrumentistes pour qui le concours est quasiment un passage obligé, les concours de chant ne sont pas une nécessité pour les chanteurs. En effet, chaque grand opéra auditionne ses propres candidats et constitue ainsi un monde à part.

Sur quel répertoire les candidats seront-ils jugés ?
Les candidats sont tenus de préparer un certain nombre d’airs et de Lieder des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. Ils présenteront ensuite les œuvres de leur choix. Il n’est pas toujours facile d’imposer un Lied ou une mélodie à un chanteur d’opéra. Néanmoins, cela nous tient à cœur, car nous souhaitons que les candidats abordent divers répertoires. La spécificité cette année se situe au niveau de la finale 1. Nous imposons un mini-cycle de Lieder ou de mélodies d’un même compositeur dans le but de forcer les candidats à approfondir un univers. On percevra ainsi à travers ces mélodies la voix de façon intime ainsi que la musicalité de l’interprète, point intéressant pour tout directeur d’opéra. En ce qui concerne la finale 2, les finalistes seront accompagnés par l’OSR, sous la direction de Michael Schønwandt, chef de l’Opéra Royal de Copenhague.

La présence de Teresa Berganza vous tenait-elle particulièrement à cœur ?
Sa venue est une joie immense ! Sa carrière exceptionnelle sur plus de cinquante ans fait d’elle une personnalité incontournable du monde lyrique. Ses grandes qualités d’interprétation alliées à une musicalité hors norme ont fait d’elle une véritable star, une des plus grandes voix du XXe siècle. Elle donnera par ailleurs une masterclass à l’issue de la quinzaine, co-produite par les Hautes Ecoles de musique de Lausanne et Genève. Teresa Berganza possède des grandes qualités de pédagogue et sait faire partager son talent comme personne. Côtoyer une personnalité comme Teresa Berganza est une chance inestimable pour de jeunes talents. En outre, une rencontre publique sera organisée, afin que le public puisse l’approcher… du moins un petit peu.

Venons-en à la clarinette, un instrument que l’on rencontre plus rarement en solo, mais qui figure parmi les instruments les plus populaires au monde.
L’histoire de la clarinette débute véritablement vers la fin du XVIIIe siècle. Mozart est le premier à lui avoir donné ses lettres de noblesse en écrivant une multitude de chefs d’œuvre. Mais l’âge d’or de la clarinette se situe à mes yeux au XXe siècle. En effet, c’est un instrument que les compositeurs actuels apprécient particulièrement de par son importante versatilité et sa vaste amplitude tonale. Le programme sera très pointu, exigeant musicalement, faisant le tour de tous les chefs-d’œuvre pour clarinette : Stravinsky, Nielsen, Schumann, Brahms, Weber, Debussy, ainsi que le trio Contrastes de Bartók, oeuvre extrêmement difficile et rarement jouée. Les candidats interpréteront aussi une création de Sergio Menozzi, compositeur suisse tessinois, clarinettiste de formation, ayant fait ses études à Genève. En finale, on entendra le Concerto pour clarinette de Mozart, chef-d’œuvre absolu pour clarinette ! A cette occasion, les finalistes seront accompagnés par L’OCG sous la direction d’Howard Griffiths, qui a dirigé l’Orchestre de Chambre de Zürich pendant plus de 10 ans.

Les concours de clarinette se comptent actuellement sur les doigts de la main…
En effet, cela explique la forte affluence de candidats pour cette édition 2007 : près de 200 inscrits. Le président du jury, Thomas Friedli, est renommé. Premier Prix de clarinette en 1972, il a remporté de nombreux prix et distinctions au cours de sa carrière. Il est aujourd’hui nommé à l’Orchestre de Chambre de Lausanne et enseigne au Conservatoire de Genève. Pour un clarinettiste, il est important de remporter un concours, car il sera d’ores et déjà invité pour toutes les auditions d’orchestre. D’ailleurs, la plupart des grands clarinettistes sont solo au sein d’un orchestre prestigieux et mènent rarement une carrière de soliste. On notera toutefois quelques exceptions comme Martin Fröst. Lauréat en 1997, il est un des plus grands clarinettistes actuels et mène une brillante carrière.

Pour terminer, quelles nouvelles concernant les anciens lauréats ?
Aujourd’hui, nous constatons par exemple que nos 3 derniers lauréats de piano, Serguei Koudriakov (2002), Louis Schwitzgebel-Wang (2005) et Gilles Vonsattel (2006) rencontrent un franc succès. Invités dans de grands festivals comme Lucerne ou La Roque d’Anthéron, ils sont d’un niveau international. Quant au quatuor à cordes, les Terpsycordes (Premier Prix 2001) font la carrière qu’on connaît tandis que le Quatuor Voce (2e Prix en 2006) entame cette année une tournée au Japon. Côté voix, Annette Dasch réalise une belle carrière depuis qu’elle a remporté le Concours en 2002 alors qu’Alan Gilbert, lauréat à l’unanimité du Premier Prix de direction en 1994, vient d’être nommé directeur musical au NY Philharmonic.

Propos recueillis par Magali Jank

www.concoursgeneve.ch