Marseille : “Marius et Fanny“
Article mis en ligne le novembre 2007
dernière modification le 29 octobre 2007

par François JESTIN

Effervescence à Marseille pour la création de l’opéra de Vladimir Cosma, avec le couple star Alagna – Gheorghiu, mais sans oublier le reste de la distribution, gratin du chant français. L’émotion est au rendez-vous, même si l’écriture musicale peut être jugée assez inégale.

La foule des grands soirs se presse aux abords de l’opéra municipal, on voit même quelques feuillets tenus fébrilement « cherche 2 places », chose rare à Marseille. Les lyricophiles inconditionnels sont là, mais aussi des curieux attirés par les grands noms de l’affiche, plus précisément par celui de Roberto Alagna, en cette période où son image est souvent présente dans les médias, à la suite du décès de Pavarotti. Les 4 premières représentations sont effectivement complètes, alors que les 2 dernières, où alternent les jeunes Sébastien Guèze et Karen Vourc’h, proposent encore des billets à la vente.

Marius et Fanny : Angela Gheorghiu et Roberto Alagna © Christian Dresse

Vague déferlante
Célèbre compositeur de musiques de films (une bonne dizaine chaque année depuis 35 ans, de Rabbi Jacob au Grand Blond, en passant par la Boum et Dupont Lajoie…), Vladimir Cosma s’attelle ici à son premier opéra, en décidant d’en rester aux deux premières œuvres de la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol, c’est-à-dire de laisser de côté la 3ème pièce César.
Bien lui en a pris, l’opéra en 2 actes dépassant allègrement les 2 heures 30, avec une première partie où certains spectateurs commencent à trouver le temps un peu long. Il faut dire que la musique tire alors légèrement vers le « tape à l’oreille », et n’est que rarement étonnante ou novatrice. Le 1er acte – en toute logique chronologique – est cependant celui de « Marius Alagna », et l’engagement du ténor est une vague déferlante : l’aigu est souverain et brillant, à la limite de l’arrogance dans les moyens et la facilité, la diction est un régal, et le jeu est parfaitement crédible et convaincant – Partira, partira pas ? Oui partira, l’appel du large est trop fort !
La partition de l’acte 2 est beaucoup plus tendue dramatiquement – avec de forts échos de La Bohème puccinienne – et permet à « Fanny Gheorghiu » de toucher le cœur des spectateurs, en mettant bien en valeur ses talents d’actrice dans ce rôle proche de Butterfly. Son français est quand même mois intelligible que chez son mari, et le texte moins maîtrisé (un bon trou de mémoire à signaler !).
Aux côtés de Marius et Fanny, Jean-Philippe Lafont (César) semble la réincarnation de Raimu derrière son comptoir du Bar de la Marine, avec un chant maîtrisé et soigné, tandis que Marc Barrard (Panisse) compose un personnage très émouvant lorsqu’il évoque son « petit » ; à noter toutefois qu’un certain nombre de notes sont écrites trop basses pour ces deux barytons, et donc faiblement audibles. N’oublions pas non plus le ténor Eric Huchet (Escartefigue), ni Isabelle Vernet (Honorine) – qui remplace Michèle Lagrange – plus vraie que nature en poissonnière du Vieux Port, l’ensemble étant placé sous la direction de qualité du chef canadien Jacques Lacombe.
La mise en scène de Jean-Louis Grinda baigne dans une ambiance années 1930, et les décors naïfs de Dominique Pichou pourraient rappeler l’esthétique graphique des Tintin et Milou.
Standing ovation au final, avec Vladimir Cosma qui vient saluer à son tour. Des extraits ont été enregistrés pendant la période des répétitions, en vue d’un prochain CD qui permettra aux absents de se faire une idée de l’œuvre.

François Jestin

Cosma : MARIUS ET FANNY : le 10 septembre 2007 à l’Opéra de Marseille