Théâtre des Osses, Givisiez
Entretien : Gisèle Sallin
Article mis en ligne le novembre 2007
dernière modification le 1er novembre 2007

par Laurent CENNAMO

Du 3 novembre au 9 décembre au Théâtre des Osses (Fribourg), Gisèle Sallin met en scène Les Bas-fonds d’après Maxime Gorki. Le thème de la pièce est universel : que deviennent les êtres en marge de la société ? Une pièce sombre, certes, mais qui n’oublie cependant pas de faire place au rêve, à l’espoir d’un monde meilleur, notamment au travers de l’exercice de la compassion. Entretien.

Gisèle Sallin, vous montez Les Bas-fonds de Maxime Gorki. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Maxime Gorki est un géant du théâtre. Tous les soirs il est joué sur les scènes du monde entier et dans toutes les langues. Il est un homme politique engagé contre les tyrans de son époque.
Dans sa pièce, il mène une critique contre la misère : la misère est la forme la plus universelle de l’esclavage et elle est un thème contemporain. Gorki introduit dans sa pièce le thème de la compassion. C’est la seule chose qui reste aux miséreux. Mais il la présente comme un outil de lutte contre la fatalité de la misère.

Gisèle Sallin

Les personnages de la pièce de Gorki sont des êtres en marge de la société. Que vous inspirent ces personnages ?
Ce sont des personnages hauts en couleurs qui sont tout à fait réalistes. Ils ne sont pas en marge par leur seule volonté. C’est la société - qui accepte la misère - qui les a marginalisés et a fait d’eux des voleurs, des putains, des assassins, des clochards. Mais ils ne sont pas mauvais au départ. On voit leur chute et on comprend que la vie les a brisés. Il y a bien sûr des vrais salauds mais ce sont les exploitants de la misère, les proxénètes.

On qualifie parfois Les Bas-fonds d’orgie de misère. Ne craignez-vous pas de désespérer le public ?
Ce n’est pas une orgie. C’est une fresque philosophique exécutée avec art. C’est une peinture magistrale qui dénonce le pourquoi et les conséquences de la misère.
Gorki introduit un personnage de compassion qui déclenche le rêve d’une autre vie et avec le rêve, l’espoir que rien n’est irréversible. Il n’y a rien de désespérant dans les Bas-fonds parce qu’au fin fond des bas-fonds, il y a l’Homme. Et quelques-uns peuvent encore se lever. Et un homme debout espère. C’est vrai, Les Bas-fonds c’est une mise en lumière crue et cruelle de la réalité. Mais cette mise en lumière révèle aussi l’humour, la tendresse, la fête. C’est tout le contraire du désespoir.

Les Bas-fonds de Maxime Gorki. Photo Isabelle Daccord.

Pour quel type de mise en scène avez-vous opté : une mise en scène contemporaine, réactualisée, ou au contraire respectueuse de l’atmosphère de la Russie du début du XXe siècle ?
La misère c’est la misère. Elle peut surgir n’importe où. Les Bas-fonds c’est un squat, un lieu désaffecté transformé en asile de nuit. Ça pourrait se passer dans un hôtel insalubre, dans un abri anti-aérien, dans une centrale nucléaire ou une vieille usine, dans une boucherie… bref dans un lieu qui a perdu son affectation. Nous avons choisi de jouer les Bas-fonds dans un théâtre à l’italienne abandonné. Les miséreux qui viennent là sont habillés avec des restes des costumes trouvés dans la réserve du théâtre.

Propos recueillis par Laurent Cennamo

Au Théâtre des Osses, Fribourg, du 3 novembre au 9 décembre 2007.
Réservations : 026 469 70 00
www.theatreosses.ch