Les provinciales au Théâtre de Vidy-Lausanne
Entretien : Bruno Bayen

Bruno Bayen met en scène Les provinciales de Blaise Pascal au Théâtre de Vidy. Entretien.

Article mis en ligne le décembre 2007
dernière modification le 21 janvier 2008

par Laurent CENNAMO

Du 5 au 16 décembre, Bruno Bayen met en scène Les provinciales de Blaise Pascal au Théâtre de Vidy. Bruno Bayen relève le défi d’adapter au théâtre un des grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Entretien.

Bruno Bayen, comment est née en vous l’idée de mettre en scène Les provinciales de Blaise Pascal ?
J’avais ce projet en tête depuis plusieurs années. C’est la première fois que je réalise un spectacle à partir d’un texte qui n’est pas spécifiquement théâtral. Cependant, les contemporains de Pascal ont perçu d’emblée la dimension théâtrale du texte, notamment du fait de la forme dialoguée choisie par l’auteur. Evidemment, les débats entre Jésuites et Jansénistes nous touchent d’assez loin aujourd’hui. Le moins que l’on puisse dire est que l’éducation religieuse a considérablement pâli…
Ce qui m’importe, c’est de tenter de retrouver l’esprit et l’enjeu du texte. Quant à savoir ce qu’il en est véritablement de la grâce suffisante et de la grâce efficace… Les provinciales sont d’abord un pamphlet, une parabole sur le maniement de la parole perçue comme instrument de pouvoir, manipulation de la vérité. En ce sens, elles transcendent leur époque, elles sont capables de toucher un très large public aujourd’hui encore. L’écriture de Pascal, toute en raccourcis, est d’une grande modernité. Mettre en scène ce texte est un pari difficile, parce qu’il s’agit à la fois de faire passer des idées, de rendre compte des enjeux de la querelle entre Jésuites et Jansénistes, et que le divertissement ne soit pas absent.

Bruno Bayen © Mario Del Curto

Comment avez-vous procédé pour l’adaptation du texte avec Louis-Charles Sirjacq ?
Les provinciales comptent au total dix-huit lettres. Nous nous sommes surtout servis des dix premières, plus dialoguées, mais nous ne nous sommes pas privés des éléments des autres lettres. Pascal a pratiqué le couper/coller à tour de bras, nous aussi ! En revanche, nous avons eu le souci d’être le plus proche possible de sa langue. Nous avons également effectué quelques emprunts à des auteurs plus ou moins contemporains de Pascal : un poème de La Fontaine apparaît, et le texte s’achève sur le récit que fit Racine du miracle de la Sainte Epine. De plus, nous avons voulu mettre l’accent sur le récit de l’impression des provinciales, faire l’histoire de ce manuscrit sulfureux ; Les provinciales sont en fait une série de fragments épistolaires qui ont paru sur plusieurs mois, du 23 janvier 1656 au 24 mars 1657. Le succès fut considérable, on guettait la sortie de chaque nouvelle lettre.

Pour quelle mise en scène avez-vous opté ? Une mise en scène historique ?
Non, mais pas non plus pour une mise en scène modernisée. Avec Cécile Feilchenfeldt, nous avons opté pour une sorte de décor mobile qui est un hommage à l’abstraction et à la mathématique pascaliennes. Pour ce qui est du jeu, le comédien n’aura pas à incarner Pascal ; ce n’est pas Blaise Pascal qui est en scène mais un personnage qui porte un nom crypté : EAABPAFDEP, ce qui signifie Et Ancien Ami Auvergnat Blaise Pascal Fils D’Etienne Pascal.

Voyez-vous des liens entre la querelle mêlant Jansénistes et Jésuites au XVIIe siècle et l’actualité politique ?
Il faut prendre des précautions avec la tentation de tout ramener de force à une actualité. Cependant, si j’osais une comparaison un peu brusque, je dirais que l’affrontement entre Jésuites et Jansénistes au sujet de l’exclusion du théologien Antoine Arnauld est aussi compliquée, enchevêtrée, obscure qu’une certaine affaire Clearstream en France… Il y a sans doute un parallèle à effectuer entre le Jésuitisme - qui se répandait à cette époque du Brésil au Japon - et tout pouvoir qui se veut impérial et médiatique. Ce que nous raconte ce texte, c’est aussi la naissance de la gauche française : les Jésuites étaient du côté du Roi et du Pouvoir.

Propos recueillis par Laurent Cennamo

Avec Thomas Blanchard, Gretel Delattre, Guillaume Gouix, Florence Loiret-Caille, Mathias Jung, Jean-Baptiste Malartre (Sociétaire de la Comédie-Française).

Les provinciales, Une querelle d’après Blaise Pascal
Adaptation de Bruno Bayen et Louis-Charles Sirjacq
du 5 au 16 décembre 2007 au Théâtre Vidy-Lausanne
Renseignements : 021 619 45 45
www.vidy.ch/location