Forum Meyrin
Philippe Caubère en épilogue

Avec L’Epilogue, Philippe Caubère met un terme à l’épopée burlesque des 11 épisodes du Roman d’un acteur.

Article mis en ligne le décembre 2007
dernière modification le 21 janvier 2008

par François ZANETTA

Comme dans un dernier tour de piste, le fulgurant Philippe Caubère met fin avec L’Epilogue à son projet fou et génial : dire le monde, raconter une vie de théâtre sur scène et faire exister une foison de personnages dans la démesure et le rire.

Le prologue d’une aventure théâtrale sans précédent s’est ouverte en mars 1981 sur les planches du « Ciné-Rio » de Bruxelles où Philippe Caubère crée La Danse du Diable. En juillet de la même année, Caubère donne au Festival d’Avignon (sous l’ère de Bernard Faivre d’Arcier) la version finale du premier chapitre de ce Roman d’un acteur.

Bref portrait
Caubère traverse le paysage théâtral français comme un ovni ; un personnage solitaire qui débute paradoxalement dans une troupe : celle du Théâtre du Soleil d’Arianne Mnouchkine. Fils protégé de la metteur en scène, ils créent ensemble L’Age d’or, puis tournent un célèbre Molière. Après une mise en scène de Don Juan au Théâtre du Soleil, Caubère quitte la troupe et part vers d’autres aventures. Il est engagé par Otomar Krejca, metteur en scène roumain d’une troupe de Louvain. Il y interprète Lorenzo dans Lorenzaccio de Musset, au Palais des Papes, pour le Festival d’Avignon. Paul Puaux en est alors le directeur. Le spectacle sera un fiasco retentissant, et l’acteur mettra longtemps à se remettre de cet échec.
Il ne s’agit pas ici de retracer tout le parcours de Philippe Caubère, mais cet épisode est justement au coeur du spectacle L’Epilogue, joué ce mois-ci au Forum Meyrin.

Philippe Caubère, dans La Ficelle. Copyright : Michèle Laurent.

Hommage au théâtre
26 ans plus tard (il a presque 60 ans), Philippe Caubère met en effet un terme à l’épopée burlesque des 11 épisodes du Roman d’un Acteur, dont L’Homme qui danse aura constitué un ensemble supplémentaire de 6 chapitres (avec un hommage à Claudine, sa mère). Voici donc l’Epilogue, en deux volets : La Ficelle et La mort d’Avignon, véritable conclusion à son projet initial.
Le comédien se retrouve comme à son habitude sur un plateau vide. La Ficelle procède du même postulat de départ, à cela près qu’il découvrira cette cordelette au fond de la scène et qu’il tendra et remontera une dernière fois le fil, d’Ariane vers son présent, juste-là devant nous. La Ficelle reste un spectacle à la fois émouvant et un peu vain. L’acteur se rend compte alors qu’il est seul face à lui-même et qu’il ne peut plus se mettre dans la peau d’un autre, que l’exercice a été profitable mais que le temps est passé et qu’il n’est plus. Le spectacle vacille et prend une amertume inhabituelle chez Caubère. On reste un peu sur notre faim, avec le sentiment que l’acteur règle certains comptes avec le monde du théâtre et que ce dernier combat serait peut-être celui de trop…
Cette remarque ne peut être recevable tant la deuxième partie (une autre soirée, à tous les sens du terme) crée l’enthousiasme et la ferveur. Avec La Mort d’Avignon, Caubère renoue avec sa folie, son sens de l’observation inimitable et sa façon unique de pousser chaque situation jusqu’à l’épuisement, dans des retranchements aussi absurdes que jubilatoires. On se souviendra longtemps de l’arrivée de Georges Wilson, ses conseils au jeune Ferdinand au sortir de la ‘première’ catastrophique de Lorenzaccio, les évocations du fantôme de Gérard Philipe. On se souviendra longtemps du personnage de Paul Puaux (dit Paul « Pipe », on le comprendra sur scène), alors directeur du festival. ‘Personnages’ en effet car sous son impulsion créatrice, Caubère transforme tous les hommes qu’il a côtoyés, illustres ou banals, en personnages de théâtre. Et le final, si émouvant et vibrant ! Passer à côté d’un tel phénomène, c’est se priver d’un bonheur que seul la scène peut offrir ! Un hommage au théâtre !

François Zanetta

De et par Philippe Caubère. L’Epilogue à L’Homme qui danse, est composé de : La Ficelle / le 11 décembre 2007 à 20h00 & La Mort d’Avignon / le 12 décembre 2007 à 20h00
Chaque épisode peut être vu séparemment, mais un tarif préférentiel est proposé aux personnes désireuses devoir les deux spectacles. Forum Meyrin (Rés. 022 989 34 34)