Collection de l’Art Brut, Lausanne
Lausanne : « L’Art Brut s’encadre »

Réouverture le 1er mars 2021

Article mis en ligne le 26 février 2021

L’exposition proposée par la Collection de l’Art Brut réunit des œuvres appartenant exclusivement au fonds du musée. Elle aborde l’Art Brut par un biais inattendu et propose une réflexion sur une des normes transcendantales de notre culture : le cadre.

André Robillard « Gary Cooper », 1980
stylo à bille et crayons de couleur sur papier, 32 x 24 cm - photo : Atelier de numérisation – Ville de Lausanne (AN) – Collection de l’Art Brut, Lausanne

Pris dans sa plus large extension, le cadre a une fonction originaire et fondamentale dans le psychisme humain. Il détermine aussi bien un espace imaginaire, narcissique, ludique, social, environnemental ou esthétique. Il est devenu à ce point coextensif à notre sensibilité et à notre entendement que nous n’avons plus le recul qui nous permettrait d’en prendre conscience – sinon par l’incidence de l’Art Brut, qui intervient à cet égard comme un dérèglement révélateur. Est-ce le pathologique qui éclaire le normal ? Ou l’inverse : l’anomalie peut-elle faire ressortir une névrose collective ?
Quoi qu’il en soit, l’exposition doit mettre en évidence un traitement singulier et déconcertant du cadre : centripète ou centrifuge, protecteur ou invasif, médiateur ou discriminant, sublimateur ou parodique, marginal ou nucléaire. Les auteurs d’Art Brut conçoivent leurs œuvres en marge du champ institutionnel de l’art et, par définition, ils ne sont pas assujettis à nos conventions culturelles, ils ignorent toute règle ou norme en la matière.

Les œuvres sélectionnées pour cette exposition se signalent par un rapport problématique au cadre quel qu’il soit : au sens propre, celui en bois, le « frame » anglais qui entoure la composition, mais aussi celui défini par le support lui-même, voire celui que le peintre ou le dessinateur y a tracé ; au sens figuré, le cadre entendu comme l’ensemble des conventions en matière de représentation. La notion de limite orthogonale vole en éclats dans la plupart des cas. Certains auteurs font façon de supports inattendus comme des éléments de récupération, des pages déchirées, des morceaux de carton, des mouchoirs ou des serviettes en tissu. D’autres paraissent ignorer toute limite et potentialiser l’espace entier comme surface d’inscription. Ne pas respecter les cadres qui leur sont imposés, c’est résister à l’enculturation ; et c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’Art Brut.

Jusqu’au 24 mai 2021