Centre Pompidou-Metz
Metz : Le Musée sentimental d’Eva Aeppli

Rétrospective

Article mis en ligne le 29 mai 2022
dernière modification le 27 octobre 2022

Cette première rétrospective consacrée en France à Eva Aeppli invite à découvrir la gestation de son œuvre cousu, où s’exprime l’apogée de son art.

Eva Aeppli avec Ama lors du montage de l’exposition « Eva Aeppli », à la galerie Felix Handschin, Bâle, 1969
© Susanne Gyger, Lucerne / musée Tinguely, Bâle / © Helen Sager

Dans son « musée sentimental », à l’instar de celui créé par Daniel Spoerri au Centre Pompidou en 1977, ses œuvres dialoguent avec celles de son cercle proche, de ses influences fantasmées mais aussi de ses successeurs. On y croise les créations de Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, Louise Bourgeois, Annette Messager ou encore Sarah Lucas, soulignant combien l’art de la sculptrice suisse continue d’exercer une influence sensible sur la scène contemporaine. Chacune de ses figures textiles – saisissantes par leurs cris silencieux, leurs traits épurés et pourtant éminemment expressifs, leurs cicatrices dessinées par les coutures – submerge le regardeur de sentiments ambivalents, cette confrontation ne le laissant pas indemne. Mis en scène par Jean Kalman, le parcours se fera l’écho des dualités qui traversent l’œuvre et la vie de l’artiste.

Née en 1925 à Zofingue, Eva Aeppli sera marquée durablement par la période de la Seconde Guerre mondiale qui, sous l’influence de son père, suit avec angoisse la progression nazie à travers l’Europe. De ce traumatisme naît l’engagement sans faille d’Eva Aeppli, incarné en 1968 par l’installation qu’elle imagine en hommage à Amnesty International, puis par la création de sa propre fondation (Myrrahkir Foundation, basée à Omaha) qui combat l’oppression, la pauvreté et l’ignorance. L’être humain, l’universalité de la condition humaine, constitue ainsi, inlassablement, le dénominateur commun de chacune de ses créations.

Eva Aeppli, « Livre de vie no. 9 », 1982-1983
© ADAGP, Paris

Aeppli s’installe définitivement en France dès 1952. Dans ses carnets, s’esquisse le monde complexe de l’artiste, qui se nourrit autant de la solitude que du dialogue avec son cercle d’amis proches, avec qui elle noue ponctuellement des collaborations artistiques.

Connectée au monde de l’art parisien, tout en se refusant à rallier l’un des mouvements en vogue à l’époque, elle crée un corpus profondément original au moment où triomphent le Nouveau Réalisme, le Pop Art et l’abstraction lyrique. Si les premiers autoportraits, prenant la forme de dessins au fusain, dévoilent les sentiments personnels de l’artiste, les émotions que lui inspire le monde extérieur se déploient ensuite dans des compositions à l’huile. Décrites par l’artiste comme de véritables « extensions de ses peintures », les premières figures textiles réalisées dans les années 1960 succèdent aux toiles.

Jusqu’au 14 novembre 2022