Théâtre Am Stram Gram, Genève
Genève, Am Stram Gram : “Poil de Carotte“

Roberto Salomon signe une nouvelle mise en scène au théâtre Am Stram Gram. Il s’agit de Poil de Carotte.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 5 février 2008

par Claudia CERRETELLI ROCH

Roberto Salomon signe une nouvelle mise en scène au théâtre Am Stram Gram. En effet, Poil de Carotte a déjà été mis en scène à l’Am Stram Gram, mais la conception nouvelle, ainsi que le travail de Gilles Lambert pour la scénographie mettent en lumière une facette contemporaine de cette pièce, qui ne contient plus les éléments naturalistes dont se souvient l’enfant qui est en chaque spectateur.

La nouvelle génération, qui est somme toute faite en grande partie des enfants des anciens abonnés à l’Am Stram Gram, se délectera de ces nouveautés qui apportent un souffle de modernité à la pièce. Entretien avec Roberto Salomon et Gilles Lambert.

Complexité
Poil de carotte a été écrit quelque dix ans après Pinocchio : deux enfants vauriens mais sensibles, qui souhaitent évoluer mais qui se heurtent au fil des chapitres avec l’injustice et la méchanceté, avec … le devoir d’aller à l’école – l’école laïque, gratuite et obligatoire était à ses débuts. Deux enfants dont les aventures reflètent bien les difficultés de l’enfance de cette époque.

Décor de “Poil de Carotte“

Poil de Carotte, de son côté, a pris le chemin de la vie provinciale française du début du vingtième siècle, avec les querelles de curé entr’autres. L’extrême modernité de ce personnage réside dans son besoin de parler à ses parents, de savoir la vérité pour entrer dans une relation authentique. Voici pour le terreau. Le roman, ainsi que la pièce écrite par Jules Renard, n’ont pas fini de raconter leur richesse et leur complexité. Finies les interprétations de Poil de Carotte avec lapins et brins d’herbe entre les dents.
Selon Roberto Salomon, cette pièce est un conte, qui en tant que tel a encore beaucoup à donner : « C’est une pièce qui exacerbe les conflits entre les désirs, et montre le caractère insoluble de ces désirs. Ainsi, le conflit central, qui est le désamour que subit Poil de Carotte, mal aimé de sa mère et peu apprécié par son père, est le nœud central de tout un ensemble d’envies contradictoires. J’ai beaucoup apprécié de travailler avec Gilles Lambert, qui a su trouver la bonne représentation visuelle de ces conflits : campagne/ville, jardin/maison, intérieur/extérieur, pour ne citer qu’eux. On a décidé de situer la pièce – dont la première représentation a eu lieu en 1903 – dans les années 50, parce que cette époque est très lointaine pour les jeunes spectateurs, mais assez proche pour qu’on puisse y imaginer la dernière génération vivante. Jules Renard n’a gardé que qua-tre personnages, dans sa pièce, comme pour concentrer l’essentiel autour du thème de la famille. En ce qui me concerne, c’est par passion pour ce thème que j’ai accepté de créer cette pièce, qui m’avait été proposée par Dominique Catton : le thème des liens familiaux et de leur complexité m’a toujours intéressé, et je retrouve toujours dans mes mises en scène des personnages qui me font revenir à ce thème, un peu inconsciemment, qui sait… »

Théâtralité
Est-ce par son côté latin que Roberto Salomon veut s’éloigner d’une austérité qui a souvent signé la mise en scène de cette pièce ? « Je suis content de donner à Poil de Carotte une théâtralité dont elle a parfois manqué, explique Roberto Salomon. Il faut dire qu’une longue génération a apprécié un théâtre aussi naturel que possible. Et moi, je me réjouis d’avoir un Poil de Carotte napolitain (Valerio Scamuffa) avec une perruque ! »
De son côté Gilles Lambert ajoute qu’une grande partie de la modernité de la pièce sera concrétisée par le décor, où plusieurs réalités s’interpénètrent sans qu’on puisse décider où sont leurs frontières : « il s’agit d’une « boîte » complexe qui montre l’enfermement de Poil de Carotte. Au loin, on peut voir une petite colline avec une maison, espoir du personnage. Mais l’intérieur de la boîte est également parcouru d’un tapis d’herbe, qui signe le lien entre l’intérieur et l’extérieur. Au loin, une peinture féerique d’un ciel improbable. Bref, il s’agit d’un paysage impossible mais d’autant plus vrai qu’il représente toutes les contradictions et les désirs de Poil de Carotte.

Roberto Salomon va rester à Genève pendant la saison d’Am Stram Gram. Mais une autre vie l’attend au Salvador. Cet homme de théâtre travaille à Genève, mais il est également directeur de théâtre au Salvador. Comment concilier ces deux mondes ? « Je ne fais jamais de mélanges, dit-il. Je passe la moitié de ma vie ici, l’autre moitié à San Salvador : le changement de casquette est complet : deux langues, deux cultures et des besoins totalement différents en matière de théâtre. En effet, à San Salvador, l’offre en spectacles est bien plus petite qu’à Genève, et donc la demande est différente : le théâtre tient du miracle, là bas.  »

D’après des propos recueillis par Claudia Cerretelli

Du 19 février au 16 mars : POIL DE CAROTTE de Jules Renard, m.e.s. Roberto Salomon, création AM STRAM GRAM. Théâtre Am Stram Gram (loc. SCM)