Film de février 2008 : “I’m Not There“

Todd Haynes s’attaque à un personnage vivant, insaisissable et hors norme : Bob Dylan.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 4 mars 2012

par Philippe BALTZER

I am not there


(USA 2007) de Todd Haynes avec Cate Blanchett, Marcus Cari Franklin, Richard Gere.

Après la réussite de son précédent opuscule « Far from Heaven », un magnifique hommage à Douglas Sirk, qui relatait avec délicatesse les doutes d’une femme qui prend progressivement conscience de l’échec de sa vie, Todd Haynes s’attaque à un personnage vivant, insaisissable et hors norme : Robert Zimmerman alias Bob Dylan.

« I’m Not There », avec Cate Blanchett
© Jonathan Wenk

Sujet « casse gueule » par excellence ? Un pari fou ? Un film étonnant et inclassable.
Plutôt que de confier l’incarnation du barde de Duluth à un acteur, Todd Haynes en a choisi six ! Six interprètes qui sont autant d’avatars, de facettes de la personnalité et des vies imaginaires ou réelles du chansonnier américain. Il y a le bluesman noir de 10 ans grattant une guimbarde au fond d’un wagon, le dandy androgyne portant le joli nom d’Arthur Rimbaud, l’ermite usé façon « Billy the Kid », le chanteur folk contestataire, le fou de moto marié à une Française (Charlotte Gainsbourg), enfin, le Bob Dylan le plus ressemblant ne pouvait être qu’une femme : Cate Blanchett qui nous gratifie d’un numéro époustouflant de star distante et de prophète admirable et détestable.
En s’affranchissant du récit linéaire, le film choisi d’approcher la vie de l’icône de la « protest song » au travers d’un kaléidoscope hallucinogène, essaimant au passage quelques indices qui seront autant de pépites pour les « dylanophiles » et autant d’énigmes pour les autres.
L’histoire récente des Etats-Unis défile en filigrane sans lourdeur explicative, de Kennedy à la Guerre du Vietnam, des Beatniks à Reagan. Le noir et blanc et la couleur se relaient, les allers et retours spatio-temporels se succèdent, les moments réels chassent les moments symboliques, ponctués par de vrais faux témoignages (Julianne Moore en Joan Baez est impayable !).
Ce « jeu de l’oie de la vie de Bob Dylan » est un peu (trop) long, bigrement malin et donne une furieuse envie de réécouter l’intégralité du répertoire du compositeur-interprète de « Blowin’ in the Wind ».

Philippe Baltzer