Concerts-Club à Genève
Genève : Lilya Zilberstein

Portrait de la pianiste Lilya Zilberstein.

Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 23 mars 2008

par Pierre JAQUET

La cité du bout du lac s’apprête à recevoir une valeur sûre du clavier, spécialiste du répertoire russe.

Née à Moscou en 1965, Lilya Zilberstein a commencé à cinq ans l’étude du piano. Elle a mené à bien sa formation dans diverses institutions moscovites, et obtenu son diplôme en 1988. L’année précédente, le public occidental l’avait remarquée, car cette artiste au caractère bien trempé, avait gagné le premier prix au Concours Feruccio Busoni de Bolzano. Dans les entretiens qu’elle a accordés, elle insiste souvent sur le rôle déterminant de ce moment pour la suite de sa carrière. A l’époque encore, les frontières entre l’Est et l’Ouest étaient cloisonnées ; si l’artiste bénéficiait déjà d’une certaine réputation dans son pays, il était très difficile de percer en Occident. Ce prix a été pour elle une carte de visite, une clef ouvrant des portes vers des rencontres.

Lilya Zilberstein

En dialogue
A partir de 1988, elle enchaîne les tournées et les collaborations avec les noms les plus célèbres, notamment avec Claudio Abbado à Berlin, tout en revenant régulièrement à Hambourg, son port d’attache, pour y retrouver son mari et ses deux enfants, qui, selon elle, lui assurent tout autant son équilibre que le plaisir de la musique...
Parmi les autres rencontres, il faut bien évidemment mentionner Martha Argerich qui, elle aussi, a eu des contacts privilégiés avec Abbado ! Avec la pianiste argentine, Lilya Zilberstein a joué – et gravé – de nombreuses pièces pour deux pianos ou à quatre mains. De cette collaboration sont nés des coffrets, chez EMI, fruits de représentations données au Festival de Lugano. Dans ce cadre, le « Progetto Martha Argerich » est un laboratoire permanent qui a sa propre vitrine dans les concerts ; son intérêt réside en particulier dans le travail de préparation effectué sur place au sein d’un réseau de relations qui se constitue par affinités (Lilya Zilberstein y occupe précisément une grande place), d’une part, et par compétition, de l’autre. Inutile de préciser que le fruit du travail des deux musiciennes, constitué de bravoure et de couleur, ne manque jamais d’impressionner les amateurs du clavier !
Dans le domaine de la musique de chambre, il faut encore mentionner Maxim Vengerov, violon, avec lequel les productions et les concerts ont été – et sont – nombreux, et qui attirent un public fidèle.

A l’affiche
Lilya Zilberstein a une grande affinité avec la musique de son pays d’origine. Son répertoire comprend la totalité de l’oeuvre de Rachmaninov. L’artiste estime que si elle peut s’en faire l’avocate, c’est qu’elle se reconnaît dans cette esthétique et dans le message à communiquer. De manière générale, elle répète souvent l’importance, au moment de jouer, de se représenter la Russie, ses paysages, ses habitants.
Cette avocate des sons est donc également une visuelle !

Ses disques
Dans sa discographie, très abondante, essentiellement centrée sur les XIXe et XXe siècles, il faut mentionner sa gravure du Deuxième et du redoutable Troisième concerto de Rachmaninov, parue chez DGG, qui a été saluée par la critique et le public. C’est son jeu précis, discipliné et enfiévré – on n’est pas Russe pour rien - qui est ici l’atout principal. Pour autant, il n’y a jamais de confusion. D’ailleurs, dans les passages où la phalange se fait plus discrète, c’est un jeu très cristallin que les auditeurs peuvent apprécier... et retrouver aussi dans d’autres CD consacrés à la musique de chambre ! Les critiques italiens aiment à voir en elle une sorte de réincarnation spirituelle de Arturo Benedetti Michelangeli. Les Russes, eux, songent plutôt à Sviatoslav Richter...

Pierre Jaquet

Disques Hänssler, EMI et DGG

Au Victoria Hall, le 18 mars 2008 à 20h30 : Orchestre Philharmonique de l’Oural. Dmitrij Liss (direction). Lilya Zilberstein (piano). Location SCM 022 319 61 11)
Au programme : Modeste Moussorgski / Leopold Stokowski : « Une nuit sur le mont Chauve », poème symphonique
Sergueï Prokofiev : Concerto pour piano N° 3 en ut majeur, op. 26
Modeste Moussorgski / Leopold Stokowski : « Tableaux d’une exposition »