Comédie française : “Juste la fin du monde“
Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 2 mai 2008

par Ann SCHONENBERG

Après un Huis clos explosif au Théâtre de la ville en ce début de saison, Michel Raskine fait un retour fracassant sur les planches parisiennes avec Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce au Français. Jean-Luc Lagarce entre au répertoire de la Comédie-Française avec majesté !

C’est dans une atmosphère intimiste que Michel Raskine porte sur scène Juste la fin du monde. Dès son entrée dans la salle, le spectateur se retrouve nez à nez avec un gros plan de Pierre Louis-Calixte « Louis » le personnage principal, héros et narrateur de la pièce qui revient parmi les siens avec l’intention de leur annoncer sa mort prochaine. Ce retour, ultime visite de ce fils déserteur, réveille l’eau qui dort et nous emporte dans le dédale des relations familiales.

Proximité
Tout commence avec cette phrase qui empoigne le public : « Plus tard, l’année d’après, j’allais mourir à mon tour. » La mise en scène de Michel Raskine basée sur la proximité entre les personnages et les acteurs, et entre les acteurs et les spectateurs, place les comédiens au-devant de la scène, devant le rideau rouge, à nos côtés. Plus qu’un décor, Michel Raskine crée un espace intime où Louis et la salle Richelieu ne forment qu’un. Tantôt sur scène, tantôt dans l’orchestre, ou encore aux balcons, les comédiens prennent possession des lieux. Pendant deux heures, les acteurs, Catherine Ferran (la mère), Laurent Stocker (Antoine), Elsa Lepoivre (Catherine), Julie Sicard (Suzanne) et Pierre Louis-Calixte (Louis), s’emparent tour à tour avec énergie, volupté, finesse et comique du texte de Jean-Luc Lagarce. En essayant de rattraper le temps perdu, chacun explose, se laisse aller à une liberté de parole, s’égare, se répète. Les comédiens poussent à bout leurs personnages.

Si Louis narre la pièce en annonçant prélude, intermèdes et prologue, le déclic d’un appareil photo rythme les échanges explosifs et permet des arrêts sur image. Le temps de quelques poses, la famille est unie. Mais même si les mots fusent, Louis restera silencieux sur le pourquoi du comment, sa mort programmée, motif de ce retour qui dérègle tout. C’est alors que cette mort toute proche annoncée aux spectateurs et inconnue de la famille s’abattra sur celle-ci comme tombe le rideau rouge, laissant place au noir du théâtre. Avec cette mort, la famille découvre en même temps que le public l’envers du décor. Et c’est sur une belle image du théâtre mis à nu que Louis disparaît.

Le langage poétique de Jean-Luc Lagarce permet à Michel Raskine et aux comédiens de travailler la représentation de la théâtralité à travers ces cinq magnifiques personnages familiers à tous. Le spectateur réceptif ne pourra que se laisser submerger par ses émotions !

Ann Schonenberg

« Juste la fin du monde » de Jean-Luc Lagarce. Mise en scène : Michel Raskine
Avec : Catherine Ferran, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Pierre Louis-Calixte
En alternance jusqu’au 1er juillet 2008