Bibiothèque d’art et d’archéologie, Genève
Genève : Un art enfantin
Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 28 avril 2008

par Laurent CENNAMO

Jusqu’au 31 mai 2008, la Bibliothèque d’art et d’archéologie aborde le thème du livre dédié à la
jeunesse, ainsi que celui de la perception de l’enfance par les artistes et de l’éveil à l’art par l’image et l’illustration. Une petite exposition bien conçue qui permet de pénétrer dans un univers inventif et coloré.

Fables et fairy tales
La première vitrine de l’exposition est consacrée à la fable, d’Esope à Jean de La Fontaine. A contempler les illustrations de Marcus Gerards l’Ancien, Jean-Baptiste Oudry ou encore Gérald Poussin (illustrateur genevois né en 1946), on prend nettement conscience du glissement d’une littérature pour adultes à une littérature enfantine et un art enfantin. Dans cette vitrine, on remarquera également une très belle lithographie en couleur réalisée en 1950 par Jean Lurçat pour une édition des Fables de La Fontaine.

Claude Lévêque, (*1953, Paris) : « La vie c’est si joli »
Genève, éditions Quiquandquoi, 2004, collection art y es-tu ? © Éditions Quiquandquoi

Dès le XIXe siècle en Angleterre, l’enfant est reconnu comme un être spécifique et en retrait de la communauté des adultes ; un espace privé lui est alors dédié dans l’illustration anglaise, dans les fairy tales ou les nursery rhymes (comptines). Deux vitrines sont consacrées à ces illustrateurs anglais du XIXe. Parmi eux, citons notamment Kate Greenaway, dont les livres illustrés ont connu des tirages atteignant jusqu’à des centaines de milliers d’exemplaires. Ses illustrations sont réalisées avec des couleurs fraîches et acidulées en aplats et des formes décoratives (on parlera dès leur traduction en France en 1882 de « greenawisme »). D’autres artistes, issus des mouvements préraphaélites et Arts and Crafts, tels que Walter Crane et Arthur Rackham, ont illustré et décoré des contes dans une veine plus personnelle, à la fois très graphique et esthétique. Dans ses illustrations mystérieuses, que ce soit dans les silhouettes de Cendrillon ou les formes bizarrement contournées des Mille et Une Nuits, Walter Crane laisse entrevoir une part plus inquiétante du monde enfantin.

Artistes français et suisses
Des artistes français du XIXe et du XXe siècles s’attachent à illustrer d’autres genres : des alphabets, des livres de leçons de choses ou d’aventure, ou encore des classiques de la littérature (par exemple Les voyages extraordinaires par Jules Verne dans la fameuse Collection Hetzel). Il s’agit d’une littérature cette fois ouvertement et uniquement destinée aux enfants, dans un but éducatif. Cette période est également marquée par l’émergence des nations : des ouvrages (d’un goût parfois douteux) sur l’histoire de la France ou de ses régions vont alors être publiés pour les enfants.

Peter Pommerer, (*1968, Stuttgart) : « Lena »
Frankfurt am Main, éditions Revolver, 2003, collection Revolverle © BAA

Des aventures de Bécassine de Joseph-Porphyre Pinchon, en passant par celles de Martin et Jocko, créées par Benjamin Rabier (créateur en outre des aventures du canard Gédéon ou de la célèbre image de la Vache qui rit), le XXe siècle est riche de nouveaux héros purement destinés aux enfants. Des artistes suisses tels que Paul Hosch ou Margrit Roelli contribuent à ce développement grâce à des graphismes originaux et des jeux de collage.
L’exposition se termine par la présentation de livres dédiés à la jeunesse à l’époque contemporaine. Les artistes, faisant éclater toute frontière entre le monde de l’enfant et l’art, offrent des créations pures à l’enfant devenu un spectateur unique et privilégié de l’œuvre d’art. Des artistes tels que le Suisse Etienne Delessert (Cinq poneys dans la lune, 1972), le Français Tomi Ungerer, Andy Warhol, John Armleder ou encore Elisabeth Ivanovsky (créatrice en 1938 de la célèbre Collection Pomme d’api) se sont essayé avec succès à ce genre.

Laurent Cennamo

Salle de lecture, entrée libre
T +41 (0) 22 418 27 00