Visions du Réel, Nyon
Nyon : Visions du Réel

Nyon accueille à nouveau le festival Visions du Réel avec les facettes multiples de la création indépendante.

Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 1er mai 2008

par Catherine GRAF

Pour moi, l’histoire de notre pratique est celle d’un combat terrible entre ceux qui veulent plus de spectacle et ceux qui veulent plus de sens et d’écriture. Jean-Louis Comolli

Le festival Visions du Réel à Nyon accueille, comme chaque année, les facettes multiples de la création indépendante, faisant voyager le spectateur dans des mondes inimaginables, avec bien souvent l’intention, sans pédanterie, de l’amener à s’interroger sur ce qu’est la contemplation de la réalité. La cuvée 2008 ne déroge pas à cette stimulante intention.

Entre réflexion et pratique
Les ateliers, qui permettent le temps d’une matinée d’approfondir en sa présence le travail d’un créateur, nous feront rencontrer cette année Jean–Louis Comolli et Volker Koepp. Du premier, on se souvient qu’il commença par être critique aux Cahiers du cinéma en 1962, et qu’il entama, parallèlement à cette activité qu’il poursuivit pendant environ une quinzaine d’années, une fructueuse carrière de réalisateur, avec un nombre important de films tournés à Marseille à l’occasion des élections successives. C’est sans doute ce va-et-vient dynamique entre réflexion et pratique, chevillé de convictions citoyennes et d’un grand souci de rigueur, qui font le grand intérêt de son travail. Rappelons qu’il a publié en 2004 Voir et pouvoir qui a reçu le prix Critica en Italie en 2005. Volker Koepp quant à lui est quasiment un habitué des sélections du festival : il a obtenu deux fois le Grand Prix ; la première pour Herr Zwilling und Frau Zuckermann, qui traite de la rencontre de deux Juifs ukrainiens rescapés des camps de la mort, et la seconde pour Söhne. Ce cinéaste, dont les premiers documentaires sur la ville de Wittstock ne furent jamais montrés dans l’ex-RDA, raconte dans un style sobre de vastes fresques de déracinement, de mémoires croisées et d’identités.

« The Dictator Hunter », de Klaartje Quirijns

On retrouve tous les axes qui sont au cœur du festival, la Compétition internationale, les Helvétiques, les Regards Neufs, les Fictions du Réel, avec notamment Import Export de Ulrich Seidl, The Mountain Forest de Noami Kawase, et quatre films sur la photographie regroupés sous Le Corps sublimé de Jérôme de Missolz. Une nouvelle section, Investigations, promet quelques belles surprises. On y retrouve Une affaire de nègres, de la réalisatrice Oswalde Levat, un film sans concession, une enquête implacable sur un crime étatique ayant liquidé plus d’un millier de personnes au Cameroun. Ou encore The Dictator Hunter, de Klaartje Quirijns, qui suit le travail de Reed Brody, avocat et porte-parole de Human Rights Watch, qui s’est donné comme mission de poursuivre les criminels de guerre et qui, pendant sept ans, a traqué d’anciens dictateurs dont Hissene Habre, l’ancien dirigeant du Tchad accusé d’avoir tué dans les années 80 des milliers de ses propres concitoyens. Ou encore 4 de julio, le massacre de San Patricio, où les Argentins Juan Pablo Young et Pablo Hernan Zubizarreta enquêtent sur l’étrange assassinat de prêtres dans une église.

« Cartographie 2 - Les arches » de Philippe Saire

Séances spéciales
Il ne faudra pas non plus manquer les séances spéciales diverses : d’abord celle dédiée à Frans Buyens décédé en 2004, et sa compagne chorégraphe et cinéaste Lydia Chagoll, qui rassemblent, entre autres, à eux deux une œuvre de mémoire immense qu’on a peu l’occasion de voir ici ; le travail de Boris Despodov, Eurodoc ; une partie de l’œuvre militante de la réalisatrice Carole Roussopoulos, – on se souvient peut-être de Miso et Maso vont en bateau, une pochade insolente et talentueuse tournée avec Delphine Seyrig en réponse à une interview télévisée de Françoise Giroud par Bernard Pivot – c’était en 1975, mais cela continue de résonner singulièrement aujourd’hui…Et enfin le très beau travail de photos et de cinéma fait autour de l’oeuvre du chorégraphe Philippe Saire qu’on ne présente plus.

Catherine Graf

Visions du Réel à Nyon, du 17 au 23 avril 2008
www.visionsdureel.ch