Femmes et mathématiques : différences génétiques ou stéréotypes sociaux ?

jeudi 8 mars 2007
par  Ino Simitsek
popularité : 3%

JPEG - 14.1 ko

Les différents pays d’Europe comptent en moyenne entre 0% et 5% de femmes parmi les mathématiciens professeurs d’université (Femmes et maths, 2, 1997). Au niveau scolaire, des différences de performances en mathématique entre filles et garçons ont été constatées.

Les femmes et les hommes seraient-ils inégaux face aux mathématiques ?

Une étude menée par l’université de Stanford et le CNRS (2004) sur des élèves du secondaire I, révèle que les filles obtiennent des performances différentes n’ont pas selon le degré de difficulté de l’activité mathématique mais selon le contexte dans lequel celle-ci est présentée : « les filles en condition « géométrie » produisent une performance inférieure à celle des garçons. Cette différence s’inverse dans la condition « dessin » ! Le simple fait de croire que le test présenté implique des compétences en mathématiques suffit donc à entraver la performance des filles, cela quel que soit leur niveau de performance dans ce domaine. »
et de conclure : « Pour réussir en mathématiques, les filles doivent donc surmonter un handicap psychosocial (et non biologique) auquel les garçons n’ont pas à faire face. »

Alors que certains chercheurs ont tenté d’attribuer le déséquilibre dans les contributions hommes, femmes en mathématiques a des facteurs génétiques intrinsèques ; des études plus récentes ont montré que ce seraient plutôt les attentes sociales relatives aux comportements qui interviennent de façon essentielle dans la détermination des performances mathématiques.

Une étude historiographique sur les femmes et les mathématiques montre que la participation des femmes à l’activité mathématique est étroitement liée à leur rôle et leur position dans la société. En voici quelques événements marquants :

Hypatie d’Alexandrie [1]
(370-415) est la seule femme mathématicienne de l’Antiquité connue de nos jours.

A partir du Moyen-Age quelques femmes issues des couches élevées de la société recevaient une éducation au même titre que les hommes. Aucun nom de femmes mathématiciennes n’est connu pour cette période là.

Au cours du 18ème siècle après la révolution scientifique, des femmes lettrées accèdent à une certaine notoriété intellectuelle. En France et en Italie, trois noms de femme mathématiciennes se distinguent alors : Maria Gaetana Agnesi (1718-1799), Gabrielle-Emilie du Chatelet (1706-1749) et Sophie Germain (1776-1831).

Au 19ème siècle le monde mathématique universitaire reste totalement fermé aux femmes. Sofja Kowalewskaja (1850-1891) fut la première femme à obtenir un doctorat en mathématique. Toute sa vie durant, elle lutta pour accéder à un privilège jusque là réserver aux hommes, celui d’étudier et de professer. Privé du droit de s’inscrire à l’université de Prusse dont elle était originaire, elle envoya trois thèses à l’université de Göttingen qui lui délivra en 1874 son doctorat « in absentia » . Quand en 1884, elle fut nommée professeur à l’université de Stockholm, Sofja Kowalewskaja devient la première femme Mathématicienne professionnelle. A la fin du 19ème siècle plusieurs pays ouvrent leurs universités aux femmes qui jusque là n’étaient tolérées que comme auditrices selon le bon vouloir du professeur.

Dans la décennie qui suivit la thèse de Sofja Kowalewskaja seules deux femmes obtinrent le grade de docteur en mathématiques. L’une fut la russe Jelisbeta Fjodorowna qui soutien son doctorat en 1878 en Suisse, à l’université de Berne et l’autre l’anglaise Charlotte Angas qui obtint son doctorat en 1885 à l’université de Londres.

A la toute fin du 19ème siècle le nombre de femmes docteurs en mathématique augmente plus rapidement. Toutefois, la plupart d’entre elles ne connurent ensuite aucune reconnaissance institutionnelle et durent arrêter leurs recherches.

Dans certains pays européens comme l’Allemagne, il faut attendre le début du 20ème siècle pour que les mathématiques soient enseignées dans les établissements secondaires de filles. Jusque là l’éducation des filles en mathématiques et en sciences ne pouvaient être que privée.

Le début du 20ème siècle ne compte que quelques rares figures d’exceptions femmes parmi les personnalités phare des mathématiques. Parmi elles Emmy Noether et Hilda Geiringer. Elles furent toutes deux confrontées à des difficultés de carrières parce qu’elles étaient femmes.

Au 20ème s. le nombre de femmes ayant obtenu un doctorat en mathématique et ayant apporté des contributions importantes a considérablement augmenté. Cependant l’histoire n’a pas été celle d’un progrès constant de la participation des femmes en mathématiques.

Quelques liens :
- Le journal du CNRS Mathématiques : Les femmes et les hommes tous égaux
- Femmes et mathématiques dans le monde occidental
- Biographies of Women Mathematicians
- Wikipédia : Hypatie d’Alexandrie, l’Ecole d’Athènes.


[1Illustration de l’article : Détail de l’École d’Athènes, une référence à Hypatie ?
Une histoire souvent racontée, mais non prouvée, veut que Raphaël l’ait représentée dans une première version de son tableau L’École d’Athènes. Lorsqu’un des cardinaux aurait examiné le tableau et su que la femme représentée au centre et en bas était « Hypatie, la plus fameuse des membres de l’École d’Athènes », il aurait souhaité qu’elle en soit effacée. Il aurait ordonné : « Enlève-la. La foi ne permet de rien savoir sur elle. À part cela, l’œuvre est acceptable ». Raphaël l’aurait retirée, mais une référence lui en serait restée du fait de son remplacement par la figure efféminée de Francesco Maria Ier della Rovere, un neveu du pape Jules II.


Commentaires  forum ferme