La philosophie du logiciel libre

Le malaise éthique d’un enseignant
samedi 8 novembre 2008
par  Bernard Vuilleumier
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J’avais fait parvenir, le 10 octobre 2006, le message suivant sur le site POOL SPIP [1] du SEM :

- Je me suis parfois demandé si le DIP, et avec lui l’Etat de Genève, pensaient qu’on rasait gratis. Je crains que l’engouement manifesté par ces deux instances pour le logiciel libre ne réponde qu’à l’équation « libre=gratis ». Je ne demande qu’à être détrompé. Je propose donc, pour le logiciel SPIP que nous projetons d’utiliser [2], que nous tenions à jour, dans l’espace qui devrait bientôt s’ouvrir pour permettre les échanges entre les membres du groupe [3], le journal des contributions du DIP pour :
• identifier et décrire les bugs (dans SPIP et ses squelettes)
• les corriger
• améliorer le logiciel
• le faire évoluer
Il importerait également que cet espace d’échange recense les compétences et mentionne les noms des différentes personnes pouvant (droits accès au serveur), sachant (connaissances php + MySQL), voulant (tâches faisant partie de leur cahier des charges) et ayant du temps (respect des priorités) pour assumer ces tâches. A vue de nez, chacun de ces ensembles comporte un tout petit nombre de personnes du DIP, et ma crainte, c’est que, pour longtemps encore, l’intersection de ces ensembles reste vide.
Si cela s’avérait (nous le saurons en consultant le journal que je propose d’établir dans une année par exemple) et si les contributions du DIP devaient se réduire au seul usage du logiciel libre, j’éprouverais alors quelques scrupules à adhérer à la philosophie prônée qui prendrait à mes yeux tous les atours du parasitisme.

Une année après la parution de cet texte, aujourd’hui disparu, le journal des contributions était toujours vide et je ne trouve actuellement guère de descriptions, corrections de bugs ou propositions d’amélioration du logiciel SPIP émanant du DIP [4], alors que les utilisations qu’il en fait sont nombreuses, riches et variées. Quelqu’un peut-il me détromper et éclairer ma lanterne sur la conception et l’éthique du DIP au sujet du logiciel libre ? [5]

J’utilise Mathematica avec mes élèves. Mathematica n’est pas un logiciel libre [6], mais la philosophie qui préside à la conduite des affaires de Wolfram Research est beaucoup plus claire à mes yeux que les intentions du DIP. L’argent gagné en vendant du logiciel a permis à la compagnie de s’impliquer dans l’éducation et de développer le plus vaste réseau mondial de sites web. Parmi ceux-ci, Wolfram Demonstrations Project [7] met à disposition de chacun des milliers d’exemples (avec le code source) qui peuvent être exécutés avec un Player gratuit. Voilà qui devrait plaire aux adeptes de la philosophie du libre !

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Fonctions
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MathWorld
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Intégrateur
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WolframScience

[1Ce site a changé de nom et d’adresse et s’appelle maintenant CMS-SPIP.

[2Le logiciel SPIP est maintenant utilisé par de nombreux établissements.

[3Le site POOL SPIP devait permettre ces échanges.

[4Je ne parle ni de la description sur CMS-SPIP de choses existantes ni des conseils prodigués aux utilisateurs sur le Forum Support qui sont nombreux et de très bonne qualité.

[5L’article « Logiciels libres et pédagogie sans frontières » paru dans Les Clefs de l’école, magazine d’information du Département de l’Instruction Publique n° 2 d’octobre 2008, précise que le modèle économique qui prévaut avec le monde du « libre » se base sur la vente de services. Le DIP sollicite-t-il ces services ? Je suis vivement intéressé par ce sujet, et j’aimerais bien essayer de construire un modèle économique du logiciel libre pour mieux en comprendre les ressorts (et les expliquer à mes élèves) !

[7J’essaie, en publiant sur ce site, de participer activement à la « philosophie du libre ».


Commentaires  forum ferme

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jeudi 12 mars 2009 à 13h03 - par  Paul Oberson

Votre proposition est généreuse mais difficilement réalisable le DIP n’étant pas une institution possédant de service informatique et peu ou prou d’enseignant-e-s maîtrisent les compétences et les ressources nécessaires à l’écriture de code propre et publiable.
Nous nous investissons cependant autant que faire se puisse avec ceux qui acceptent de jouer le jeu dans des domaines qui ont leur importance (le libre ne se résumant pas au bug et au code). Ainsi nous avons fourni à Oo des supports pédagogiques (domaine dans lequel notre institution possède un haut niveau de compétence) qui ont été agrées et publiés sur le site officiel de la communauté, nous intervenons dans différents forums autour du libre en Suisse lors de conférences (BE, ZH, GE) et dans les média. Ces interventions sont appréciés par nos partenaires du libre car elles représentent selon eux une valeur ajoutée en terme de crédibilité et de diffusion. Dans le domaine du code nous avons poussé les spécialistes de l’Etat (DCTI) pour qu’ils utilisent également ces outils et financent des développements spécifiques ad hoc (italc par exemple) et les restituent à la communauté. Cet effort a également conduit à la création d’une communauté libre, aujourd’hui indépendante de l’Etat, autour de l’enjeu des salles de langues et du multimédia. Ce travail profite à d’autre alors que l’Etat de Genève pourrait adopter une solution différente pour ses besoins.
Votre propos me semble donc incomplet. Le DIP et l’Etat de Genève ne sont pas uniquement des consommateurs du libre mais également des acteurs. Même si nous sommes nombreux à souhaiter avec vous que cet investissement puisse devenir plus conséquent.

Paul Oberson
Directeur adjoint
SEM

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mardi 11 novembre 2008 à 13h31 - par  Manuel Grandjean

Merci pour cet avis.
Libre n’a jamais été synonyme de gratuit pour la direction du SEM.
Je regrette donc que votre proposition concernant le poolspip n’ait pas eu d’échos.
Dans mon idée, il est évident que le DIP et ses collaborateurs doivent contribuer (et non seulement bénéficier) au développement des logiciels libres. C’est cependant un changement de longue haleine et nous n’en sommes qu’au début : nous finançons le développement d’une solution de salle multimédia open source et projetons également de faire développer un plug-in Spip qui sera évidemment versé à la communauté.
Par ailleurs, l’orientation vers le libre n’est pas exclusive, le principe que nous suivons étant de trouver les meilleures solutions pour l’enseignement, ceci dans une approche holistique ne prenant bien évidemment pas en compte le seul critère économique.
Vous trouverez plus d’information sur les orientations du SEM et du DIP ici : Standards ouverts et Logiciels libres au DIP