Comment un savoir parvient-il à se constituer en une science ?

Dans la préface d’un ouvrage de Bachelard [1], André Lichnerowicz pose la question suivante :

Comment un savoir parvient-il à se constituer en une science qui le déborde de toute part et nous livre la seule sorte d’intelligibilité admise désormais par l’homme ?

Bachelard répond admirablement bien à cette question en rappelant qu’une science du général est d’abord une science superficielle. Pour lui, c’est le thème qui permet de prendre de la profondeur. Et le thème de la propagation de la chaleur dans les solides qu’il choisit permet de voir jouer méthodes et points de vues. L’analyse historique du réel qu’il nous livre met en évidence la pluralité des méthodes d’approche : rôles spécifiques des expériences privilégiées, des bases figuratives, des entreprises mathématiques, des stratégies d’ensemble.

Il appartient à tout épistémologue, enseignant ou vulgarisateur de réfléchir au rôle des bases figuratives porteuses d’intuitions et de motivation et à la permanence des modèles mathématiques obtenus, par rapport à l’évolution et à la mort d’être de raison dont beaucoup sont devenus caducs tels le phlogistique, le calorique et l’éther.

[1Gaston Bachelard, Étude sur l’évolution d’un problème de physique. La propagation thermique dans les solides. Paris, Librairie Philosophique J. VRIN. 1973.