La recherche du « vrai »

L’offensive du post-modernisme contre l’esprit des Lumières est probablement une réaction au scientisme dogmatique qui prétend résoudre des problèmes complexes à l’aide de méthodes simplistes. Il existerait ainsi un lien entre scientisme et scepticisme radical, un « scientisme du non savoir » selon la belle expression de Jacques Bouveresse, posture excluant que l’on puisse se réclamer de la recherche du vrai, et ceci aussi bien dans les sciences molles que, par contagion, dans les sciences dures. Paul Veyne, professeur au Collège de France, n’écrit-il pas : « Les sciences ne sont pas plus sérieuses que les lettres et, puisqu’en histoire les faits ne sont pas séparables d’une interprétation et que l’on peut imaginer toutes les interprétations que l’on veut, il doit en être de même dans les sciences exactes ». Ce relativisme cognitif, qui cherche à liquider des valeurs cognitives fondamentales telles la cohérence, la validité, la vérité, la confirmation ou la justification, connaît un succès grandissant. Serait-ce parce qu’il permet de réconcilier le caractère contradictoire des opinions avec l’égalité, valeur dominante de nos sociétés modernes ? Ou pire encore parce qu’il libère ses adeptes des exigences et contraintes qu’imposent la recherche de la vérité ? Si l’enseignement se doit de défendre la liberté d’opinion et d’être attrayant,il a également pour mission d’initier à la critique, à la rigueur et à la cohérence. Il doit signaler que certaines méthodes simplistes des sciences de la nature ne s’appliquent pas aux sciences de l’homme et que les mathématiques ne suffisent pas à répondre à toutes les questions légitimes. Mais il doit aussi affirmer que, contrairement aux propos de Veyne, cela n’implique pas que toute connaissance est impossible ou subjective.

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