Musée d’art et d’histoire, Genève
Genève, MAH : Akhénation et Néfertiti

L’exposition présentée par le Musée d’art et d’histoire de Genève s’interroge sur les rapports entre pouvoir, art et religion.

Article mis en ligne le décembre 2008
dernière modification le 4 février 2009

par Françoise-Hélène BROU

En partenariat avec le Palazzo Bricherasio de Turin, le Musée d’art et d’histoire de Genève présente une exposition consacrée aux récentes découvertes archéologiques sur le règne d’Amenhotep IV, pharaon révolutionnaire dans lequel certains voient une sorte de prophète.

Dès sa quatrième année de règne, il prend le nom d’Akhénaton, bouleverse les traditions religieuses, artistiques et décide la création d’une nouvelle capitale dans un lieu vierge de Moyenne Egypte qu’il nomme Akhétaton, aujourd’hui la moderne Amarna.

Nouvelle esthétique
Les historiens commencent à découvrir le contexte dans lequel Aménothep IV marque sa « rupture », vers 1350 avant J.-C. Le jeune roi, fils de la reine Tiyi et du roi Amenhotep III, entreprend sa réforme religieuse en privilégiant le culte solaire d’Aton, un dieu mineur personnifiant le disque solaire dont l’existence est attestée dès le Moyen Empire. Certains érudits voient dans ce culte exclusif une ébauche du monothéisme, car effectivement les nouvelles pratiques religieuses entraînent une perte d’influence des dieux du panthéon traditionnel, ce qui vaudra au roi d’être surnommé « le pharaon hérétique ».
Sur le plan artistique, et en rapport avec la réforme religieuse, son règne voit aussi l’émergence d’une nouvelle esthétique. L’imagerie royale rompt avec la tradition pour représenter dorénavant le pharaon et sa famille dans leur intimité. L’épouse principale du roi, Néfertiti, bénéficie également d’un traitement particulier, ainsi les images du couple royal forment-elles avec Aton une triade divine adorée dans les demeures des hauts dignitaires. Le dieu Aton est représenté par un soleil aux rayons terminés par des mains, l’image du roi qui ne se rattache à aucun modèle préexistant est un mélange de naturalisme et de symbolisme, montrant un personnage à la face émaciée et allongée, au ventre proéminent, aux hanches larges et aux cuisses épaisses.

Aux alentours de 1360 avant J.-C, la cour et l’administration royales quittent Thèbes et déménagent pour une nouvelle résidence nommée Akhétaton (L’horizon d’Aton). La ville située entre Thèbes et Memphis est conçue selon des principes architecturaux et urbanistiques résolument nouveaux ; les temples, dédiés au dieu unique Aton, sont construits à ciel ouvert pour permettre aux rayons du soleil d’y pénétrer. La cité sera la capitale de l’empire égyptien et le centre de toute la vie intellectuelle et institutionnelle pendant un quart de siècle. Puis elle sera laissée à l’abandon et démantelée par les successeurs d’Akhénaton. Considéré comme une parenthèse néfaste dans l’historiographie officielle, le nom même du pharaon disparaîtra des chroniques royales. La mort d’Akhénaton est entourée de mystère ; on ne sait ni quand, ni où et comment il décède, sa trace se perd dans les sables après sa dix-septième année de règne.

Investigation
L’exposition du MAH n’a pas la prétention de répondre à toutes les questions, elle s’attache à interroger les rapports entre la nature de l’inspiration religieuse du pharaon et les réalisations artistiques et architecturales que les fouilles archéologiques révèlent progressivement. Une investigation passionnante, tant il est vrai que le personnage d’Akhénaton intrigue et inspire encore nos contemporains, notamment les artistes, comme l’écrivain égyptien Naguib Mahfouz qui en a fait le héros d’un de ses romans, Akhénaton le renégat, ou, dans un autre genre, celui de Philippe Fragione, chanteur très populaire de rap français qui a adopté le nom d’Akhénaton pour pseudonyme artistique. On regrettera pour notre part que l’exposition ne présente aucune pièce vraiment spectaculaire et monumentale du pharaon et de son épouse Néfertiti – pourtant elles ne manquent pas –, ce qui aurait permis d’alimenter visuellement et plastiquement l’intérêt et l’imaginaire du public pour cette figure si fascinante de l’Antiquité égyptienne.

Françoise-Hélène Brou

« Akhénaton et Néfertiti, Soleil et ombres des pharaons, » Musée d’art et d’histoire de Genève.
Jusqu’au 1er février 2009, www.ville-ge.ch/mah