Monte-Carlo : “Falstaff“

Il fallait oser : l’ultime opéra de Verdi transformé en fable animalière !

Article mis en ligne le mai 2010
dernière modification le 30 mai 2010

par François JESTIN

Jean-Louis Grinda signe une nouvelle production très originale de Falstaff, avec très certainement son meilleur titulaire actuel dans le rôle-titre, le baryton-basse gallois Bryn Terfel.

Il fallait oser : Terfel avance sur le plateau de la salle Garnier tel un coq dans la basse-cour, en donnant quelques coups de menton et remuant ostensiblement son croupion pour montrer ses belles plumes ! Le directeur de l’Opéra de Monte-Carlo traite en effet l’ultime opéra de Verdi comme une fable animalière, et convoque toute la volaille dans les somptueux costumes colorés de Jorge Jara : poules, faisans, pintades, canards sont de la partie. Des livres géants défilent sur scène, certains grands classiques – comme Les joyeuses Commères de Windsor, Sleepy hollow (la légende du cavalier sans tête) de Washington Irving au dernier acte, ou encore l’affiche du film Falstaff d’Orson Welles – mais aussi d’autres ouvrages aux
titres beaucoup plus improbables, comme Vengeance à la basse-cour de Richard Duck !
En ouvrant les volumes, les décors (signés de Rudy Sabounghi) s’installent, dans une imagerie qui rappelle Walt Disney : l’intérieur de Blanche-Neige et les sept nains au II, puis la forêt illuminée de Bambi au III. Un autre beau coup d’œil est à relever au dernier acte : un arbre noir descend des cintres, et se découpe sur le film de ciel sombre et nuageux qui passe en arrière plan.

« Falstaff »
© Stefan Flament – Opéra de Monte-Carlo

Encore mieux qu’un poisson dans l’eau, et sans jamais en faire trop, Bryn Terfel est truculent en pancione, et vocalement toujours aussi impressionnant : magistralement timbré, sa projection est spectaculaire, et il est capable aussi à l’autre extrême de piani subtils. Le reste de la distribution masculine est de belle qualité, les chanteurs les plus expressifs étant le baryton Fabio Maria Capitanucci (Ford) et le ténor Florian Laconi (Fenton), aux côtés d’Enrico Facini (Cajus), Rodolphe Briand (Bardolfo) et Wojtek Smilek (Pistola).
Sans démériter, la brochette de commères n’est pas aussi savoureuse : si Aga Mikolaj (Alice) et Mariana Pentcheva (Quickly) sont très plaisantes, Annunziata Vestri (Meg) reste discrète et le timbre de Valérie Condoluci manque de séduction pour le joli rôle de Nannetta.
Souvent très brillante, la direction musicale du chef Gianluigi Gelmetti est un sans-faute technique ; il y manque peut-être un soupçon d’abandon ou de génie qui aurait rendu cette soirée complètement magique.

François Jestin

Verdi : FALSTAFF : le 19 mars 2010 à l’Opéra de Monte-Carlo – Salle Garnier