Opéra de Nice
Nice : “Rusalka“

Fin de saison décevante à Nice.

Article mis en ligne le mai 2010
dernière modification le 31 mai 2010

par François JESTIN

Déprimante fin de saison lyrique à Nice : après l’annulation – pour raisons budgétaires – de Jeanne d’Arc au Bûcher programmée en mai / juin, cette Rusalka conclusive est un vrai ratage.

C’est d’abord la production de Marion Wassermann qui laisse dubitatif, et le mot est faible. Dans un intérieur salonard qui pourrait parfaitement s’adapter au 1er acte de Traviata (décors de Thierry Good), les invités viennent assister à un concert privé, les solistes tenant leur partition en main. Un rideau rouge en fond de plateau découvre une sombre peinture avec lac et lune pour le « Chant à la lune » de Rusalka au 1er acte, mais c’est une impression générale de kitsch qui domine, en particulier pour la paroi en miroir à cour, recouverte de toiles plastiques argentées qui semblent provenir du grand magasin de bricolage le plus proche. Le côté onirique du chef-d’œuvre de Dvorak est donc laissé de côté pour la soirée, mais il y a plus grave : l’intrigue est rapidement rendue incompréhensible pour le malheureux spectateur qui n’a pas accès aux notes d’intention du metteur en scène, dans le programme de la soirée. Rusalka disparaît et ne boit pas le philtre préparé par Jezibaba (et même si tous les autres convives sont attablés pour un banquet).

« Rusalka », avec Arutjun Kotchinian (Vodnik) et Natalia Ushakova (Rusalka)
© Dominique Jaussein

Rusalka – partie derrière le miroir – est remplacée par un homme, puis apparaît plus tard en image du prince, avec les couleurs en négatif. La Princesse étrangère entre au bras du père de Rusalka, celui-ci consolant sa fille dans son grand air du II, en tenant… le prince dans ses bras (Ondin est-il passé du côté obscur ?). Un peu plus tôt en fin de 1er acte, le chasseur se met torse nu, et le prince tombe subitement dans les pommes…
Par ailleurs, pourquoi distribuer les deux rôles de Jezibaba (alto) et de la Princesse étrangère (soprano) à une même chanteuse ? La mezzo Denisa Hamarova s’en tire pourtant très bien, ne lui manquent que quelques graves profonds, voire caverneux, de la sorcière. La basse Arutjun Kotchinian (Vodnik : Ondin) est puissant mais produit des sons fixes dans l’aigu. Le ténor Vsevolod Grivnov (le Prince) est engorgé, peu séduisant, mais réveille l’auditoire avec ses aigus volumineux. Natalia Ushakova est en-deçà des exigences du rôle-titre : medium souvent confidentiel, graves peu audibles (sauf quelques notes poitrinées qui rappellent Azucena), une fêlure dans le timbre, des aigus criés…
Alors faut-il jeter Rusalka avec l’eau du lac ? Certainement pas, d’abord parce que cette magnifique partition est scrupuleusement défendue par le chef Claude Schnitzler au pupitre, habitué au répertoire du XXème siècle, qui assure la solidité de l’ensemble, et distille les jolis détails des bois, des harpes. Et puis, autre petit miracle, le baryton Adam Plachetka distribué dans deux rôles secondaires (le Chasseur / le Garde-Forestier) est magnifique : joliment timbré, beau grain de voix, à suivre…

François Jestin

Dvorak : RUSALKA : le 30 mars 2010 à l’Opéra de Nice