Opéra de Montpellier - Corum
Montpellier : “La Chauve-souris“

Reprise de la production de Jean-Louis Grinda.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 12 décembre 2011

par François JESTIN

Curieux démarrage de saison à l’Opéra de Montpellier, avec La Chauve-souris de Johann Strauss, opérette habituellement à l’affiche des joyeux spectacles de fêtes de fin d’année.

Même si on passe une soirée agréable et divertissante, on ne peut pas dire que la production de Jean-Louis Grinda – inaugurée en 2006 à Toulouse, puis reprise sur plusieurs scènes – crée l’événement.

Le traitement est classique et amusant, mais jamais déjanté ni délirant, et très rarement pétillant comme du bon champagne. Les décors de Rudy Sabounghi semblent se perdre un peu sur ce vaste plateau, et on imagine que l’impact était plus fort sur une scène plus resserrée comme le Capitole de Toulouse ou la Salle Garnier à Monte-Carlo.

Le changement à vue des décors entre l’acte I (intérieur bourgeois kitsch avec les mêmes motifs de cavaliers à casaque rouge sur fond champêtre pour la tapisserie, les rideaux, les fauteuils) et le II chez le prince Orlofsky constitue le « clou » visuel de la soirée, d’ailleurs salué par quelques applaudissements. La pièce est donnée ici en version française, et on perd en charmant exotisme viennois ce que l’on gagne en compréhension du texte parlé et chanté.

« La Chauve-souris »
© Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

La distribution vocale est solide, et certainement plus tournée vers l’opéra que l’opérette, avec la très bonne Sophie Marin-Degor (Caroline), la piquante Mélanie Boisvert (Adèle), aux vocalises précises, tandis que Carmen Oprisanu (Prince Orlofsky) trouve un rôle en adéquation à ses moyens. Dans les principaux rôles masculins, le baryton Olivier Grand (Gaillardin) est particulièrement sonore et bien timbré, et le ténor Marc Laho (Alfred) conduit joliment sa ligne de chant. La sonorisation des dialogues parlés n’est pas spécialement discrète, cette puissance déséquilibrant certains passages chantés où l’auditeur a l’impression de devoir tendre l’oreille.

Au pupitre, Lawrence Foster conduit l’orchestre de manière très sérieuse, suivant une approche quasi musicologique de la partition, sans à-coups, sans écarts, sans accélérations débridées. Si la qualité de la musique est irréprochable, ce manque de brillant, d’éclat, de folie ternit un peu la soirée.

François Jestin

Johann Strauss : LA CHAUVE-SOURIS : le 24 septembre 2010 au Corum de Montpellier