Cabinet d’Arts Graphique, Genève
Genève : Félix Vallotton

« Félix Vallotton, De la gravure à la peinture » au Cabinet d’arts graphiques du Musée d’art et d’histoire de Genève.

Article mis en ligne le décembre 2010
dernière modification le 29 janvier 2011

par Françoise-Hélène BROU

Il s’agit de la première grande exposition organisée par le Cabinet d’Arts Graphiques depuis sa réouverture, ceci après une longue période de transformation des locaux et une réorganisation de ce département du Musée d’art et d’histoire de Genève. La mise en lumière du travail graphique de Félix Vallotton permet au public de comprendre l’importance de cet artiste qui fut non seulement un exceptionnel graveur, mais aussi une figure majeure de sa génération.

Né à Lausanne le 28 décembre 1865 et mort à Paris le 29 décembre 1925, Félix Vallotton a créé une œuvre qui appartient au patrimoine commun des deux pays et à celui de l’histoire de l’art européen. Son travail est d’une grande diversité puisqu’il comprend plus de 200 gravures, d’innombrables dessins, quelque 1700 peintures, des sculptures, ainsi que de nombreux écrits : trois romans, plusieurs pièces de théâtre, des essais sur l’art et des critiques d’expositions. Il a contribué, notamment à travers son action au sein du Groupe des Nabis et de son travail d’illustrateur de La Revue Blanche, à renouveler les techniques de l’estampe pour en faire une expression de la modernité. Son art pourtant ne rompt pas radicalement avec la tradition, ainsi Vallotton s’inspire-t-il d’illustres prédécesseurs tels que Poussin, Rembrandt ou Ingres et son style graphique si singulier se fonde sur la simplification des formes et la suppression des nuances, qu’il découvre auprès des maîtres japonais de l’estampe.

Dans ses gravures et dessins, Félix Vallotton réalise une concentration radicale des moyens d’expression : technique en aplats, simplification de l’espace, abstraction des formes, contrastes violents des noirs et des blancs, économie des motifs, fonctionnalisme graphique annonciateur du design, constituent des innovations majeures. Sur le plan thématique, Vallotton, lié aux idées des Nabis, aborde en critique amer de la société les sujets de son temps. Ses scènes de la vie quotidienne (Les Intimités, 1898), dénoncent cyniquement les hypocrisies de la morale bourgeoise de la fin du 19è siècle. Les séries consacrées aux thèmes sociopolitiques (Crimes et Châtiments, 1901 ; L’Exposition universelle, 1901 ; C’est la guerre !, 1915-1916) révèlent pour leur part un réalisme quasi photographique, sinon journalistique.

Avec quelque cent vingt pièces (dessins préparatoires, épreuves d’essai, eaux-fortes, xylographies, lithographies et huiles) accrochées dans quatre salles thématiques, l’exposition du Cabinet d’arts graphiques propose d’étudier la relation entre l’œuvre gravé et l’œuvre peint ou dessiné, afin d’observer le transfert des idées et des techniques d’un médium à l’autre. Une étude qui, étonnamment, n’avait encore jamais été menée et qui offre donc l’occasion de mieux cerner le rôle joué par l’estampe dans la carrière polyvalente de l’artiste. Il devient ainsi possible de distinguer dans son œuvre trois périodes différentes, révélant trois approches significatives. Les années avant 1890, pendant lesquelles la peinture représente pour l’artiste le point de départ à ses gravures. Puis après 1890, moment où Vallotton se détache du modèle pictural et où ses gravures acquièrent une autonomie. Enfin, à partir de 1893 s’ouvre une dernière période, à ce moment c’est la gravure qui devient un point de départ et qui influencera son langage pictural.

Françoise-Hélène Brou

« Félix Vallotton, De la gravure à la peinture ». Cabinet d’arts graphiques, Musée d’art et d’histoire de Genève. Promenade du Pin 5. Jusqu’au 9 janvier 2011.

Un catalogue a été publié à cette occasion (Félix Vallotton, De la gravure à la peinture, 160p., 120 ill., Edition : Benteli, MAH, Cabinet des arts graphiques, 2010)
Renseignements : http://mah.ville-ge.ch