A l’opéra de Nice
Nice : “La Vedova scaltra“

Excellente surprise que cette Vedova scaltra, accueillie à l’Opéra de Nice.

Article mis en ligne le juillet 2007
dernière modification le 20 juillet 2007

par François JESTIN

Quelle excellente idée d’avoir accueilli à Nice cette Vedova scaltra, inaugurée en 2004 à Montpellier ! La musique du rare Wolf-Ferrari est pleine d’esprit, et la mise en scène de René Koering est intelligente et jubilatoire.

Cette comédie lyrique, écrite d’après la pièce de Goldoni, met en scène à Venise quatre jeunes premiers de nationalités différentes, prétendant au cœur de Rosaura, jeune veuve riche et … rusée. Présentations tour à tour de l’Italien, du Français, de l’Anglais et de l’Espagnol, quiproquos, jalousies, querelles,
et … victoire finale de l’Italien, qui conquiert la belle après mise à l’épreuve de la solidité de ses sentiments.

La Vedova scaltra : Victoria Loukianets (Rosaura) © Alain Hanel

Le spectateur passe une soirée pétillante, sans un instant d’ennui, grâce à la production de René Koering, où l’humour est utilisé à plein régime, et toujours à bon escient. Les changements de décors se font à vue, en passant d’un bar devant le Pont des Soupirs (deux jolies playmates servent en terrasse), à l’appartement de Rosaura (le fonctionnement, ainsi que les programmes de sa télévision « vivante » captivent l’attention !), puis ses jardins et ses statues vivantes.

Les deux voix féminines sont exquises : Victoria Loukianets (Rosaura) démarre le spectacle avec un souffle un peu court, puis déroule son timbre dramatique dans de belles arias, et Henriette Bonde-Hansen (Marionette, sa servante française) est une soprano superbe de timbre et de musicalité. Les deux ténors sont plus problématiques : Andrea Giovannini (Il Conte di Bosco) produit un couac peu après son entrée en scène, et son medium est souvent instable, alors que Giorgio Trucco (Monsieur Le Bleu), à l’accent français très drôle, étrangle systématiquement son aigu. Les deux barytons-basses apportent de vraies satisfactions : de sa voix très sûre, Franco Pomponi (Milord Runebif) est un Anglais très digne et raide sur son vélo, chapeau melon, pépin et moustaches, tandis que Giovanni Furlanetto (Don Alvaro di Castiglia) est un fier Espagnol, au timbre très racé : habits noirs, fraise blanche, moustaches de Dali, il est même hilarant de fierté lorsqu’il offre à la belle Rosaura son arbre généalogique, où figure « Caballé » au plus haut. La basse Evgueniy Alexiev (Arlecchino) est aussi à un excellent niveau vocal, et essaie de conduire au mieux ses « combinazione ».

La musique de Wolf-Ferrari évoque un pot-pourri des compositeurs italiens en « i » : on pense d’abord à Puccini, mais aussi Verdi (et son Falstaff), ou encore Rossini et Donizetti sur des passages au très rapide débit de paroles. La modernité de la partition, écrite en 1931, est aussi évidente, en particulier aux percussions ou au piano, et laisse penser par moments à un mélange improbable entre une Lustige Witwe et des compositions de Nino Rota. Le chef Marco Guidarini, qui reste précis dans le rythme, attentif aux ensembles, et variés dans les nuances, sert admirablement cet opéra et concourt à la réussite de l’ensemble.

François Jestin

Wolf-Ferrari : LA VEDOVA SCALTRA : le 2 mai 2007 à l’Opéra de Nice