A l’opéra de Nice
Nice : “Nabucco“
Article mis en ligne le septembre 2007
dernière modification le 30 août 2007

par François JESTIN

Salle comble pour ce Nabucco niçois – comme souvent avec Nabucco ! – pour un spectacle qui se tient dans son ensemble, mais l’enthousiasme collectif n’est pas vraiment au rendez-vous au final.

Il est vrai que l’on attendait mieux de la direction du chef de renommée internationale Philippe Auguin. Le début de son ouverture est plutôt lent, et permet d’apprécier les jolies lignes mélodiques, mais plus tard le rythme s’enflamme et le volume enfle, jusqu’aux dangereuses limites du style pompier. La haute qualité de l’orchestre est cependant intacte, avec de magnifiques musiciens solistes, mais ce sont les nombreuses coupures dans les airs (ainsi au dernier acte, adieu la cabalette de Nabucco !) que l’on peut d’abord reprocher au maître d’œuvre. Les chœurs niçois sont de belle qualité – vraisemblablement le meilleur ensemble du sud de la France – pour l’homogénéité, la précision des attaques et des nuances, et la prononciation de l’italien ; à la demande du public, le « Va pensiero » sera bissé.

Franck Ferrari (Nabucco)© Alain Hanel

Du côté des solistes, Hasmik Papian (Abigaille) maîtrise ce rôle de soprano dramatique aux écarts monstrueux : musicale, agile et volumineuse dans l’aigu et le medium, elle est cependant moins convaincante dans le grave, en devenant souvent confidentielle. Le Nabucco de Franck Ferrari projette bien sur toute la tessiture, même s’il a tendance à détimbrer l’aigu sur certaines voyelles (le A). C’est la basse Orlin Anastassov (Zaccaria) qui fait la plus grosse impression dans la distribution, pour la richesse de son timbre, avec un soupçon de slave absolument pas gênant. Javier Palacios (Ismaele) est un ténor très méditerranéen, parfois larmoyant, mais son volume se perd très vite lorsque les chœurs l’entourent, alors que la mezzo Laura Brioli (Fenena) est excellente, une chanteuse à suivre.

La mise en scène de Claire Servais est hyper classique, et contient très peu d’audace de modernisation (doux euphémisme…). Le rideau s’ouvre sur du noir intégral, du sol au plafond (même le chandelier à 7 branches est noir, ce qui fait du « noir sur noir »), puis l’arrivée en scène du rutilant trône doré de Nabucco sera l’image la plus forte de la production. Un plan réfléchissant prendra place pour les deux derniers actes : plafond horizontal pour le « Va pensiero », oblique pendant le duo Abigaille – Nabucco, puis vertical pour figurer la prison de Nabucco à l’acte 4. De belles images, comme les Juifs qui retirent leur coiffe pour aller au sacrifice, mais aussi une chute finale de l’idole assyrienne très kitsch, entre Gremlins et gargouilles de Notre-Dame.

François Jestin

Verdi : NABUCCO : le 27 mai 2007 à l’Opéra de Nice