Musée de l’Orangerie
Paris : La Peinture américaine des années 1930

Richesse

Article mis en ligne le 31 octobre 2016
dernière modification le 1er février 2017

Organisée en collaboration avec l’Art Institute de Chicago, l’exposition du Musée de l’Orangerie présente un ensemble d’une cinquantaine de toiles issues de prestigieuses collections publiques américaines (l’Art Institute à Chicago, le Whitney Museum, le Museum of Modern Art à New-York...) et de collections particulières, dont la diversité reflète toute la richesse de cette période précédant la Seconde Guerre mondiale.

Les années 1930 sont, à plus d’un titre, décisives dans l’affirmation d’une scène artistique moderne aux États-Unis, à un moment particulièrement complexe de son histoire où la définition d’un art moderne américain ne peut être univoque. De l’abstraction au réalisme "social" en passant par le régionalisme, les univers esthétiques de peintres tels que Marsden Hartley, Georgia O’Keeffe, ou Edward Hopper cohabitent et se confrontent dans les mêmes foyers de création.

En l’espace d’une décennie, les États-Unis virent s’imposer des artistes considérés aujourd’hui parmi les plus grands noms de l’art du XXe siècle. Sans doute la situation dramatique du pays, ébranlé par la crise de 1929, favorisa-t-elle un désir d’expression intense et inédit, qu’il s’agisse de témoigner d’une réalité grave et anxiogène, d’en appeler à des références archétypales au nom de la fierté nationale et de la foi qu’on voulait garder en l’avenir, ou de se révolter face aux dérives d’une époque rongée par les inégalités et les discriminations.

La peinture américaine des années 1930 se caractérise par une grande diversité. La confrontation des natures mortes énigmatiques de Georgia O’Keeffe, de style minimaliste, au néo-cubisme de Stuart Davis, qui dans “New York-Paris No 3“ (1931) propose un étonnant paysage urbain, à la fois destructuré et réaliste, en est un exemple. Un an auparavant, Grant Wood signait “American Gothic“, chef-d’œuvre controversé devenu une icône, dans lequel la critique identifia aussi bien une satire du puritanisme rural qu’un hommage aux traditions du Midwest ou l’éloge de l’esprit des premiers pionniers. C’est la première fois que le tableau, conservé à l’Art Institute of Chicago, est exposé en Europe.

Nombre d’artistes évoquent les dégâts engendrés par la crise : Joe Jones choisit ainsi pour sujet la difficile condition des dockers de Saint-Louis – une main d’œuvre bon marché victime de la pénurie de travail –, et Alice Neel, communiste convaincue, prend comme modèle Pat Whalen, l’emblématique défenseur des travailleurs dont elle figura toute la détermination à l’heure des grandes grèves.

Quant au monde rural avec ses travaux saisonniers, ils ont pu conserver une image rassurante. Les paysages de Grant Wood ou de Marvin Cone offrent une vision apaisée et séduisante d’un monde qui, pourtant, connaissait aussi de grandes difficultés, comme en témoigne Thomas Hart Benton quand il s’intéressa aux ouvriers agricoles du sud du pays.

Jusqu’au 30 janvier 2017