Musée de Montmartre
Paris : Bernard Buffet, Intimement

Inédit

Article mis en ligne le 3 novembre 2016
dernière modification le 16 mars 2017

Le Musée de Montmartre consacre une exposition inédite à Bernard Buffet (1928-1999). Grâce à des prêts d’exception provenant de la collection de son fils Nicolas Buffet, de collections publiques et privées, 150 œuvres (peintures, gravures, photographies) sont réunies pour proposer un portrait intime de l’un des plus célèbres peintres du XXe siècle.

Découvert en 1946 lors de sa toute première exposition, au Salon des moins de trente ans, Bernard Buffet se distingue d’emblée de ses contemporains selon le critique d’art Pierre Descargues (1925-2012) : «  Il témoigne puissamment du désarroi de notre époque. L’inaction de ses personnages, leur vie absurde, Bernard Buffet les exprime comme un mal dont on est soi-même victime, avec violence, en se donnant soi-même, tout entier, à cette œuvre de vengeance, c’est-à-dire en mêlant intimement l’amour et la haine ».

L’intime sera donc le fil conducteur de l’exposition que présente le Musée Montmartre, explorant dans son for intérieur l’homme et l’artiste, son esprit de révolte et de liberté, jamais exempt de spiritualité. Peintre de la condition humaine, Bernard Buffet se révèle, au fil de 150 œuvres et documents photographiques, parmi les siens, Annabel son épouse, Nicolas son fils, ses amis, ses lieux, ports d’attache et univers de prédilection.

Précoce et fécond, produisant plus de 8 000 toiles, aquarelles, dessins, lithographies et gravures, Bernard Buffet a affirmé sa personnalité et sa touche dès ses premières œuvres, dans ses paysages, ses objets et ses personnages anguleux et décharnés. Ses couleurs économes, éteintes, se cantonnent, à ses débuts, aux gris, aux noirs, aux tons bistres et verts, tels des « jus » conjuguant leurs transparences. L’artiste bouscule son trait obscur et appuyé de stries obtenues par le grattage de la toile. L’expressivité de ses figures faméliques et crispées rapproche ses modèles de martyrs en supplique, tandis que ses objets, ordinaires et épurés rendent le silence palpable et tout-puissant, le vide vertigineux comme une menace. Un style intime, unique, est né.

Miroir d’une réalité ciselée au scalpel, Bernard Buffet exprime le monde tel qu’il le voit et le sent. Aussi, lire l’œuvre de Bernard Buffet c’est égrener tour à tour les sentiments qui l’habitent, du rejet à l’amour, déceler ses blessures et sa douleur mais aussi son attention portée sur chaque instant d’une vie tout entière dédiée à son art.br>

L’exposition évoque dans un parcours thématique les attaches qui relient Bernard Buffet à Montmartre : de la place Pigalle, où il naquit en 1928, aux Batignolles où il grandit jusqu’à cette maison du 20, rue Cortot, voisine du Musée qu’il habita durant dix ans.

Onze sections illustrent le génie polymorphe et protéiforme de l’artiste. Les principaux rendez-vous du peintre avec lui-même et avec le monde qui le hantait dessinent le parcours de l’exposition. Celui-ci revient entre autres sur les parades bouffonnes du Cirque Médrano, le bestiaire amoureux de l’artiste, ses rendez-vous fusionnels avec la littérature et le théâtre, son travail acharné dans l’atelier Lacourière et Frélaut à Montmartre, son épouse et égérie Annabel.

Jusqu’au 5 mars 2017