Un révolutionnaire de la peinture au Musée du Louvre
Louvre : William Hogarth

Hommage à l’un des plus grands artistes européens, révolutionnaire de la peinture.

Article mis en ligne le décembre 2006
dernière modification le 19 octobre 2007

par Régine KOPP

Le Louvre consacre avec raison une exposition à un des plus grands artistes européens, hélas méconnu en France et qui n’a jamais fait l’objet d’une seule exposition dans ce pays. Homme des Lumières (1697-1764), qui a émancipé la peinture des conventions académiques et de la grande peinture d’Histoire, Hogarth était de son vivant un peintre apprécié des milieux
intellectuels et artistiques français. Diderot le citait, Greuze l’imitait et les collectionneurs constituaient des ensembles complets de ses fameuses gravures.

Dès les premières salles, le visiteur est fasciné par les sujets, tous choisis dans la vie contemporaine, « des sujets modernes et moraux », ainsi définis par l’artiste lui-même. Car ce qui compte pour Hogarth, c’est de construire un art compréhensible par tous et accessible à tous. Ne nous étonnons donc pas qu’il fonde les premiers lieux publics d’exposition. Peintre, graveur, il était aussi un artiste engagé dans les combats politiques et sociaux de son temps : les mœurs des aristocrates, l’enrichissement d’une bourgeoisie marchande, la prostitution, l’alcoolisme, les valeurs morales, nourrissent son art. Cette rétrospective, qui respecte la chronologie de l’artiste, propose avec ses quarante-cinq peintures et autant de gravures un parcours passionnant, divisé en une dizaine de sections, structurées par thèmes.

Liberté d’expression
La première section, intitulée William Hogarth et les révolutions anglaises, accueille le visiteur avec une œuvre hautement symbolique, véritable manifeste artistique de l’œuvre de l’artiste, un Autoportrait au chien (1745). Nous avons devant nous un portrait ovale, en buste, de l’artiste, posé sur les grandes œuvres libres de la littérature anglaise, et flanqué d’un côté d’un carlin, de l’autre d’une palette traversée par une ligne de beauté, une anti-ligne droite qui serpente sur la palette et sert d’emblème à sa théorie artistique. Une œuvre qui met en avant les lignes de force de son entreprise, liberté d’expression, naturel et variété de la sinuosité.
C’est en 1753 que paraîtra Analyse de la beauté qui développe la théorie artistique de Hogarth mais cet ouvrage sert aussi à former le goût de ces nouveaux collectionneurs, enrichis par l’expansion économique. Hogarth va sensibiliser les Anglais à porter un regard autre sur le monde, fondé sur une observation directe de la nature, et préparé par les philosophes Newton et Locke. Hogarth tient à montrer toute la diversité et la variété du monde dans ses moindres détails. Ses tableaux-récits sont semés de symboles qui demandent à être décryptés. Mais Hogarth, le narrateur, est doublé d’un moralisateur. A ce titre-là, il sait qu’il doit frapper fort et imagine de réaliser des séries d’images racontant des histoires.
C’est ainsi qu’en franchissant la deuxième section, on aborde la modernité urbaine et les bouleversements sociaux, dépeints sous forme de séries : Zèle et paresse, une opposition qui se passe de tout commentaire ; Les Quatre moments du jour, qui dépeint la fascination de la ville, la bière et le gin, qui doit prévenir des méfaits de l’alcoolisme ou les quatre étapes de la cruauté, qui s’en prend aux tortures d’animaux.

Nouvelle culture visuelle
Avec l’observation de la gentry anglaise et son art de vivre du début du XVIII° siècle, fait de conversations, de musique, et de thé, c’est une autre étape du parcours. Hogarth crée les« conversations pieces » auxquelles il nous fait participer : La Famille Strode, La Famille Jones, La Famille Fontaine témoignent de ce genre nouveau qui n’échappe toutefois pas à la satire. Souhaitant développer une nouvelle culture visuelle, Hogarth invite le spectateur à entrer dans l’action et à effectuer un parcours (progress). Il s’agit de grandes séquences narratives dont deux séries nous sont proposées ici : La Carrière d’une prostituée et La Carrière d’un roué. Au milieu du parcours, on pourra apprécier l’art du portraitiste Hogarth qui fait preuve de liberté, de franchise et de simplicité, se sentant plus proche de l’être humain que de la fonction. Que ce soient le portrait du grand acteur David Garrick, admiré de Voltaire où ceux d’évêques et de marchands.
Un des temps forts de l’exposition est la section intitulée « Mariage à la mode ». Une série qui décrit le mariage malheureux du fils d’un aristocrate, prototype d’un fin de race, avec la fille d’un riche marchand et qui nous montre Hogarth au sommet de son art de peintre et de conteur de la société qui l’entoure.

Gravures
Les six tableaux prêtés par la National Gallery de Londres sont complétés par les gravures en provenance de la Bibliothèque Nationale, lesquelles avaient connu un énorme succès. Au-delà de son œuvre de satiriste et d’artiste engagé, Hogarth est le premier peintre anglais accédant à la célébrité. Il élève la peinture anglaise à un niveau de qualité qu’elle n’avait jamais atteint auparavant. Deux chefs-d’œuvre en fin d’exposition en témoignent : le magnifique Portrait de ses six domestiques mais aussi la fameuse Marchande de crevettes.
Saluons encore l’initiative du musée du Louvre et de la Tate Britain qui ont proposé à un artiste vivant, Yinka Shonibare, de poser un regard contemporain sur l’œuvre de Hogarth, avec une série de cinq photographies retraçant les différents moments de la journée d’un dandy victorien. A la satire d’Hogarth se substitue l’autodérision, l’humour.

Régine Kopp

Exposition jusqu’au 8 janvier 2007

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