mars à la
Cinémathèque de Lausanne

Programme

Article mis en ligne le 2 mars 2021

par Raymond SCHOLER

Alors que les rétrospectives Kubrick et Chabrol de novembre/décembre ont été avortées (repoussées ?) par les mesures anti-pandémiques, les programmateurs de notre Cinémathèque nationale sauvent quand même l’hommage à Alan Parker, probablement parce que c’est le moment de le faire, si peu de temps après son décès (31 juillet 2020), alors que les deux précédents cinéastes font partie des figures tutélaires du septième Art.

John Cassisi, Jodie Foster et Scott Baio dans « Bugsy Malone »

Alan Parker était un de ces réalisateurs sur lesquels Freddy Buache avait en son temps déversé son fiel. Cela honore ses successeurs de lui accorder enfin une consécration officielle. Qui n’a pas vu son tout premier film, Bugsy Malone (1976), un film sur une guerre entre des gangs new-yorkais à l’époque de la prohibition, n’a rien vu. Puisque tous les rôles sont tenus par des enfants, qui roulent les mécaniques ou tortillent du popotin, quand ils n’arrosent pas le parquet avec des fusils à crème pâtissière, avant de s’engouffrer dans des limousines à pédales. Midnight Express (1978) a été critiqué pour sa description très noire des geôles turques, probablement parce que le cinéaste était plus près de la vérité qu’on ne le croyait. De même, Mississippi Burning (1988) a été accusé d’indécence parce que ce sont deux agents du FBI blancs qui mènent l’enquête sur la disparition de militants pour les droits civiques : ces critiques oublient que l’action se situe en 1964, l’année où, sous l’instigation de J. Edgar Hoover, le FBI adressa une lettre de chantage anonyme à Martin Luther King, lui suggérant vivement de se suicider.

Dennis Quaid et Tamlyn Tomita dans « Come See the Paradise »

Come See the Paradise (1990) est le seul film à ma connaissance qui rappelle un des plus honteux chapitres de l’histoire des États-Unis, home of the brave, land of the free : l’internement des citoyens américains d’origine japonaise dans des camps entre 1942 et 1945. The Commitments (1991), sur un groupe de soul d’un quartier ouvrier de Dublin, est l’antithèse de tout le reste de l’œuvre parkerienne, d’une simplicité de propos et de traitement où l’immédiat et l’instinctif l’emportent sur la construction raffinée et réfléchie. The Road to Wellville (1994) épingle une étape particulière dans l’histoire de l’humanité, lorsque l’homme prend conscience de l’avantage de son bien-être physique, guidé par des gourous plus ou moins loufoques, dont J. H. Kellogg, dont le nom est lié à jamais à l’incontournable nutrition matinale des inconditionnels de céréales. Il est incarné par un Anthony Hopkins en état de grâce. Ne manquez pour rien au monde cette satire désopilante !

« El espinoza del diablo » de Guillermo del Toro

Un autre programme est consacré aux 20 ans du NIFFF et le directeur artistique ad intérim de ce dernier, Loïc Valceschini, a concocté un choix judicieux de 18 points culminants du festival neuchâtelois qui s’étalera jusqu’à la fin avril. À revoir absolument : El espinoza del diablo (2001) de Guillermo del Toro, où un orphelin de 12 ans est confronté aux fantômes de la guerre civile espagnole. Old Boy (2003) de Chan-wook Park, où un homme est relâché du jour au lendemain, après quinze ans de séquestration inexpliquée. Son ravisseur lui donne 5 jours pour le retrouver.

Shauna Macdonald dans « The Descent »

Dans The Descent (2006) de Neil Marshall, six jeunes femmes spéléologues découvrent dans les tréfonds de la Terre une espèce humanoïde inconnue. Dans Morse (2008) de Tomas Alfredson, un adolescent se lie d’amitié avec sa voisine, une jeune fille qui ne sort de chez elle qu’à la nuit tombée. The Chaser (2008) de Hong-jin Na est le plus angoissant de tous les films de tueurs en série. Le moteur de l’enquête étant l’incompétence pathétique de la police, le spectateur est constamment à cran : les fins limiers, vont-ils arriver à temps pour sauver la jeune femme ?

« F.T.A. », (1972) de Francine Parker

Le 18 mars, séance unique de F.T.A. (1972) de Francine Parker, un documentaire sur la tournée d’une troupe dirigée par Jane Fonda et Donald Sutherland dans les villes proches des bases militaires qui cherchait à convaincre les soldats de s’opposer à la guerre du Vietnam. Tonifiant pour nous, les masqués et peureux. Autre séance unique, le 9 mars, pour Die Venus vom Tivoli (1953) de Leonard Steckel, sur une troupe de théâtre qui rassemble des comédiens suisses, autrichiens et allemands, où chacun parle l’allemand avec son accent.
Souhaitons que la reprise se passe au mieux.

Raymond Scholer